59 femmes décédées en voulant donner la vie en 2025 : le drame silencieux qui se joue dans les hôpitaux gabonais

Près de 60 femmes sont mortes dans les hôpitaux gabonais en 2025 en voulant donner la vie.

Libreville, le 4 juin 2026-(Dépêches 241) Au Gabon, la santé maternelle demeure l’un des indicateurs les plus révélateurs des défaillances profondes du système sanitaire national. Alors que les autorités mettent régulièrement en avant les efforts consentis en matière de couverture médicale, les chiffres révélés par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) dressent un constat alarmant. Selon les données publiées en 2025, 59 femmes sont décédées à l’hôpital en donnant la vie, contre 50 l’année précédente, soit une hausse de 18 % en seulement un an. Derrière ces statistiques se cachent des familles brisées, des enfants devenus orphelins dès leur naissance et un système de santé incapable de garantir la sécurité des patientes les plus vulnérables.

Les chiffres réels sur l’état du système de santé gabonais publiés par l’OMS contrastent fortement avec les discours officiels. Le gouvernement souligne régulièrement que 76 % des Gabonais sont couverts par la CNAMGS, que les maternités sont accessibles sur l’ensemble du territoire et qu’un Plan national de développement sanitaire est en cours d’exécution pour la période 2024-2028. Pourtant, ces discours se heurtent à la dure réalité du terrain. Car être couvert par une assurance maladie, elle-même déjà défaillante, ne sert à rien lorsque les structures de santé manquent d’équipements essentiels, lorsque les médicaments sont indisponibles ou lorsque les urgences obstétricales n’ont d’urgence que l’inscription sur leur fronton.

Le chiffre de 399 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes constitue à lui seul une condamnation sévère du système sanitaire gabonais. Ce taux, selon OMS, serait largement supérieur aux objectifs internationaux de réduction de la mortalité maternelle et placerait ainsi le pays parmi ceux qui peinent encore à garantir un accouchement sécurisé. Plus préoccupant encore, ces décès surviennent dans un contexte où les connaissances médicales et les protocoles permettant de prévenir la majorité des complications obstétricales existent déjà. Autrement dit, nombre de ces femmes meurent non pas faute de solutions médicales, mais faute d’un système capable de les appliquer efficacement.

Les insuffisances relevées par l’OMS sont particulièrement accablantes et encore plus scandaleuses pour un pays qui se targue d’avoir une des meilleures couvertures en matière de santé en Afrique. L’absence de stérilisateurs dans certains établissements, les ruptures récurrentes de médicaments et la mauvaise gestion des urgences témoignent à la fois d’un manque de volonté politique et d’une crise structurelle bien plus profonde qu’un simple manque de moyens financiers. Elles révèlent des problèmes de gouvernance, de planification et de contrôle. D’autant que quand une femme enceinte arrive dans une structure sanitaire, elle devrait trouver un environnement capable de répondre immédiatement à toute complication. Or, les données disponibles montrent qu’au Gabon, l’accès à l’hôpital ne garantit pas nécessairement l’accès à des soins de santé de qualité.

Cette situation soulève également la question de la responsabilité des décideurs ou autorités publiques. Depuis des années, les différents gouvernements annoncent des réformes, des investissements et des plans stratégiques destinés à moderniser le secteur de la santé. Cependant, les indicateurs les plus fondamentaux continuent de se dégrader. Et chaque décès maternel est considéré comme un échec collectif et devrait faire l’objet d’une analyse approfondie afin d’identifier les responsabilités et les dysfonctionnements ayant conduit à la tragédie. L’absence de résultats tangibles malgré les multiples annonces nourrit aujourd’hui un sentiment de défiance croissant au sein de la population.

En définitive, les 59 femmes mortes en 2025 en donnant la vie ne sont pas de simples chiffres dans un rapport international. Elles incarnent l’échec d’un système qui promet la protection mais peine à assurer l’essentiel : sauver des vies. Tant que les autorités privilégieront les statistiques de couverture sanitaire aux résultats concrets sur le terrain, la mortalité maternelle continuera de rappeler cruellement les limites du modèle actuel. Pour le Gabon, l’urgence n’est plus de multiplier les promesses, mais de reconstruire un système de santé capable de garantir à chaque femme qu’accoucher ne soit plus un risque mortel.

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