
Libreville, le 9 mars 2026 – (Dépêches 241). À la suite de l’interview accordée par Sylvia Bongo Valentin à France 24 , dans laquelle elle accuse les autorités de Libreville de lui avoir fait subir des actes de torture aux côtés de son fils Noureddine Bongo Valentin, le gouvernement gabonais est monté au créneau avec une véhémence qui en dit long sur son état d’esprit. Par la voix du ministre de la Communication, Germain Biahodjow, les autorités de la transition ont brandi la menace de bloquer la diffusion de certaines chaînes françaises sur le territoire national, si celles-ci persistaient, selon elles, à relayer des informations « erronées, contraires aux intérêts du Gabon et de nature à déstabiliser les institutions de la Nation ». Une réaction à chaud, certes compréhensible dans sa forme, mais profondément maladroite dans ses implications.
Si la Communication du gouvernement de la Ve République a dénoncé la diffusion d’informations jugées erronées et contraires aux intérêts nationaux, une position qui, à première vue, peut apparaître légitime, l’argument de la suspension se heurte rapidement à une contradiction évidente car ces chaînes ont régulièrement servi de tribune aux représentants du pouvoir pour expliquer et défendre leurs décisions auprès de l’opinion publique internationale.
Il suffit de reculer de quelques semaines pour s’en convaincre. C’est sur ces mêmes antennes françaises, France 24 en tête, que la présidence de la République a elle-même dépêché ses porte-paroles pour justifier la décision controversée de suspendre les réseaux sociaux. Le pouvoir de Brice Clotaire Oligui Nguema a donc utilisé ces chaînes comme tribune, les jugeant alors suffisamment crédibles et influentes pour porter sa parole.
Au-delà de la contradiction, cette sortie révèle une réaction émotive, improvisée, guidée davantage par l’urgence de contre-attaquer que par une stratégie de communication politique réfléchie, pesée et soupesée. Menacer de suspendre un média international n’est pas une réponse politique pertinente, bien au contraire, c’est un aveu caractéristique d’impuissance.
Un gouvernement sûr de ses faits et de la solidité de ses arguments n’a pas besoin de fermer des fenêtres pour éviter que l’air entre. Il répond, il démontre, il documente. L’agitation verbale du ministre Biahodjow et du régime auquel il appartient contraste d’autant plus avec la gravité des accusations portées par Sylvia Bongo Valentin, qui méritaient une réfutation sérieuse, et non des aboiements.
Sur le plan diplomatique, cette menace envoie un signal particulièrement négatif à Paris, au moment où les relations entre le Gabon et la France traversent une période de reconfiguration délicate depuis le coup d’État d’août 2023. La France, qui a adopté une posture d’attente positive mais prudente vis-à-vis du nouveau régime gabonais, observe de près la manière dont Libreville à la publication d’une interview au demeurant légale et légitime.
Brandir la menace de sanctions contre des médias français peut constituer , dans ce contexte, une provocation diplomatique dont le gouvernement gabonais n’a nullement besoin, et qui risque de durcir encore davantage les conditions d’un dialogue pourtant ouvert.
Au-delà de la question médiatique, c’est la méthode qui interroge. Gouverner sous le coup de l’émotion, en multipliant les menaces symboliques, expose le pouvoir à des contradictions publiques qui fragilisent sa crédibilité. Car dans un environnement médiatique globalisé, la réponse aux accusations ne se construit pas par la censure, mais par la démonstration, la transparence et la constance du discours.
Suspendre France 24 n’effacerait pas les accusations de Sylvia Bongo Valentin, elles circulent déjà sur tous les réseaux du monde depuis des mois. Quelques vidéos de la situation qu’ils ont traversé sont d’ailleurs régulièrement publiées par des activistes de la diaspora.
En définitive, l’épisode d’hier révèle une forme de maladresse politique. En visant des médias dont le pouvoir lui-même utilise régulièrement les plateaux pour se justifier, le gouvernement prend le risque d’alimenter le doute qu’il prétend combattre. Et dans la bataille de l’opinion, nationale comme internationale, l’incohérence reste souvent l’adversaire le plus redoutable.







