Litige foncier à Essassa : les habitants n’en démordent pas face aux opérations de la SNI et en appellent à l’arbitrage d’Oligui Nguema

Les populations d’Essassa n’en démordent pas et interpelle les plus hautes autorités pour arbitrage ©Dépêches 241

Libreville le 28 avril 2026 – (Dépêches 241). Le collectif des habitants d’Essassa, derrière Berthe et Jean, s’est réuni samedi 25 avril dernier, suite au communiqué de la direction générale de la Société nationale immobilière (SNI), à travers lequel la société affirme être conforme aux directives des plus hautes autorités, liées à la régularisation foncière de ces populations. Seulement, au regard des délais rendus publics par le ministère de tutelle et suite aux garanties données par le directeur général de ladite entreprise lors de sa rencontre avec ces habitants, tout porte à croire que les travaux de terrassement entrepris depuis le mois de janvier dernier sur le site ne cadrent pas avec les engagements initiaux. Une situation qui, loin d’apaiser, suscite frustration, inquiétude et bouleversement quant à l’avenir foncier de ces habitants.

Après le communiqué de la SNI, publié le 20 avril dernier, dans lequel elle semble rassurer tout en promettant se conformer aux règles du droit foncier gabonais, tout en clarifiant sa politique, les populations habitant la zone d’Essassa, derrière Berthe et Jean, sont de nouveau montées au créneau. Ces dernières dénoncent, une fois de plus, l’irrégularité et l’illégalité des travaux menés par la SNI sur leurs terrains. 

Selon les riverains d’Essassa, la SNI aurait initié lesdits travaux sans concertation avec eux ni avertissement préalable. Elle se serait mise à détruire les plantations de ceux qui avaient consacré leurs parcelles à l’agriculture, réduisant à néant les soubassements et débuts de construction sur d’autres, alors même que le délai de régularisation de ces parcelles courait jusqu’au mois de mai dernier prochain.

Certains de ces habitants se retrouvent désormais dépourvus de tout : ni terre, ni argent, et les plantations grâce auxquelles ils nourrissaient leurs familles ont été rasées. Résultat, ceux qui sont malades, et qui avaient pour seules ressources les produits issus de l’exploitation de leur terre, ne peuvent plus se soigner, faute de moyens pour payer les ordonnances. Dans leur propre pays, ces Gabonais se retrouvent, selon eux, maltraités par une entreprise pourtant étatique, dont l’objectif principal devrait être de fournir un logement décent à chaque citoyen. Mais au lieu de cela, la SNI semble se complaire à jouer un rôle que les habitants qualifient d’inhumain, vis-à-vis de compatriotes ayant parfois consenti d’importants sacrifices pour acquérir un lopin de terre.

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D’ailleurs, selon le collectif, les raisons évoquées par la SNI, qui lui donneraient accès aux parcelles non loties en vue de constituer des infrastructures collectives, sont fallacieuses. Car dans le processus de régularisation proposé, il était clairement établi que l’ensemble des parcelles allait être régularisé. Dans un premier temps, il fallait s’occuper des terrains déjà lotis, avant d’enchaîner sur ceux simplement entretenus sans être lotis, ceux en exploitation agricole ainsi que ceux encore vides. Au lieu de cela, la SNI aurait anticipé les travaux de viabilisation ou de terrassement, lesquels ont abouti non seulement à la destruction de plusieurs hectares plantés, mais également à ce que certains habitants qualifient d’accaparement illégal.

Tout cela, sous couvert d’un supposé titre foncier, lui-même problématique, dont la SNI aurait hérité de l’ex-Société nationale du logement social (SNLS), créée en 2013 et dissoute puis absorbée par la SNI en 2019. Dès lors, des questions légitimes se posent : un titre foncier, aussi légal soit-il, donne t-il le droit à la SNI de détruire, sans ménagement ni dédommagement et sans délai, les plantations et lotissements de ces populations qui y vivent parfois depuis avant les indépendances ? 

Pourquoi la SNI n’a-t-elle pas respecté les délais pourtant clairement contenus dans le communiqué du ministère de l’Habitat, de l’Urbanisme, du Logement et du Cadastre, auxquels son directeur général a souscrit ? La SNI, en tant que société appartenant à l’État, se croirait-elle au-dessus des lois au point de piétiner la dignité de ces Gabonais ?

Le collectif rappelle que les habitants d’Essassa, derrière Berthe et Jean, ne sont pas opposés à l’urbanisation ou à la modernisation de leur localité et ne contestent en aucune manière l’autorité de l’État ni ses projets. Cependant, il ne saurait être acceptable que l’État, censé veiller au bien-être de ses citoyens et garantir leur dignité, se transforme en spoliateur. Ainsi, au lieu de protéger et de veiller au respect de leurs droits fonciers, il contribuerait à en faire des désœuvrés, privés de terre et de logement, alors même qu’ils vivent dans leur propre pays.

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Dans ces conditions, le collectif en appelle à l’intervention et à l’arbitrage du président de la République, chef de l’État, chef du gouvernement, Brice Clotaire Oligui Nguema, afin de mettre un terme à ce litige. D’autant plus que c’est lui-même qui a initié ces régularisations foncières, dans le but de permettre à ces populations de devenir légalement propriétaires de leurs parcelles. En cas d’expropriation, il est du devoir de l’État, et en l’espèce de la SNI, de prendre toutes les mesures nécessaires pour permettre à ces habitants soit d’être indemnisés, soit d’être relocalisés vers d’autres sites. Il ne saurait être tolérable que la SNI œuvre à déposséder ces populations du seul bien qu’elles possèdent, pour la plupart.

Au-delà du conflit foncier, l’affaire d’Essassa met en lumière une tension plus profonde entre impératif d’aménagement urbain et respect des droits fondamentaux des citoyens. Si l’État entend moderniser et structurer l’espace urbain, il ne peut le faire au prix de l’insécurité juridique et sociale des populations. Sans transparence, sans respect des engagements et sans mécanismes d’indemnisation clairs, toute politique foncière, aussi ambitieuse soit-elle, risque de se transformer en facteur de crise plutôt qu’en levier de développement.

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