Élections professionnelles au Gabon: un nouveau cirque en attendant Godot ?

Owone Nguema, enseignant de philosophie, en attente de régularisation de sa situation administrative.

Libreville, le 25 avril 2026-(Dépêches 241). En lieu et place du suivi de la régulation des situations administratives, véritable bouée de sauvetage attendue par de milliers d’enseignants précarisés, le Gouvernement et les syndicats semblent davantage préoccupés aujourd’hui par les futures élections professionnelles. Dans une tribune particulièrement saisissante que nous publions in extenso, Owone Nguema, enseignant de philosophie, dénonce ce qu’il qualifie de cirque en attendant…Godot.

« On peut raisonnablement supposer que le prochain rendez-vous électoral syndical prend des allures de pièce de théâtre absurde, où l’on rejoue sans fin une scène bien connue: en attendant Godot, c’est-à-dire une réalité qui ne viendra visiblement pas. Car en convoquant les travailleurs aux urnes professionnelles, notre Gouvernement semble moins chercher à revitaliser le dialogue social qu’à occuper le devant de la scène. De la sorte, ce qu’on peut apparenter à un cirque sert un objectif simple: détourner le regard des vraies urgences, donner l’illusion du mouvement pendant que la pile des dossiers relatifs aux rappels de solde, aux avancements bloqués et aux régularisations reste désespérément immobile.

Ce faisant, cette manœuvre peut se lire comme une double stratégie de temporisation et de division. D’un côté, elle offre un exutoire symbolique aux frustrations en focalisant l’énergie des agents sur des compétitions internes de leadership. De l’autre, elle fragmente le front revendicatif puisqu’en espérant voir émerger des directions syndicales plus dociles ou trop occupées à s’installer, le pouvoir s’achète une paix sociale à peu de frais. Or la lucidité permet de le voir : le véritable problème n’a jamais résidé dans le profil des leaders syndicaux, mais dans l’absence de volonté politique et de détermination budgétaire à assainir une bonne fois pour toutes, les injustices faites à la plus grande part des fonctionnaires.

L’impertinence de ces élections éclate au grand jour dès lors qu’on observe les corporations qui, par tradition, ne disposent d’aucun syndicat. Militaires, policiers et autres corps en uniforme sont exclus de ce jeu représentatif, et pourtant, c’est chez eux que les régularisations administratives connaissent les meilleurs taux de suivi. La démonstration est limpide: la célérité et l’équité dans le traitement des dossiers ne doivent rien à l’existence d’un contre-pouvoir syndical, mais tout à un choix politique délibéré d’entretenir une paix des casernes. C’est à croire qu’ailleurs, on préfère un syndicalisme sous perfusion électorale.

Disons-le clairement: au fond, ce que les fonctionnaires gabonais espèrent depuis si longtemps, ce n’est pas un nouveau casting à la tête de leurs centrales syndicales, mais un gouvernement qui manifeste de la bonne foi et de l’intérêt à résoudre la quadrature de leurs droits élémentaires. Ranimer à la convenance la flamme électorale sans changer la substance de la gouvernance administrative revient à condamner les agents à une attente aussi vaine que celle de Vladimir et Estragon. Le véritable changement ne pendra jamais au bout d’un bulletin de vote syndical. Il exige, bien au contraire, une décision d’en haut, là où jusqu’ici, l’immobilisme reste le plus sûr des calculs. Et le pire est que les enseignants jouent à ce jeu de dupes… »

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