
Libreville, le 1er Juin 2026 – (Dépêches 241). S’il est une critique régulièrement accrochée au régime d’Ali Bongo Ondimba, c’est bien la confusion permanemment entretenue entre les biens de l’État et ceux de sa formation politique, le Parti Démocratique Gabonais (PDG). Sous son règne, véhicules administratifs et flotte aérienne civile comme militaire étaient systématiquement réquisitionnés pour les activités politiques du PDG. Aujourd’hui, sous la Vème République d’Oligui Nguema, la pratique demeure tenace: depuis le début de sa tournée interprovinciale, le Secrétaire Général de l’UDB et sa suite n’hésitent pas à faire usage des avions militaires appartenant à l’État gabonais, au nez et à barbe des populations qui attendent toujours la rupture proclamée le 30 août 2023.
Les gabonais croyaient les pratiques héritées du régime avilissant d’Ali Bongo Ondimba, derrière eux. C’est du moins le discours qu’avaient laissé prospérer les militaires, au moment de leur coup d’État du 30 août 2023. Au rang des nombreuses récriminations faites au Parti Démocratique Gabonais (PDG) qui venait de perdre le pouvoir, figurait la patrimonialisation des biens de l’État. Il était reproché à l’ancien Président et à sa famille politique de confondre en permanence le patrimoine matériel et financier de l’État à leurs biens personnels.
Aussi, pouvait-on observer, à chaque tournée interprovinciale ou à chacune des activités politiques du PDG, des hauts commis de l’État parader avec les véhicules administratifs. De même, sans aucune retenue, les avions, hélicoptères et véhicules militaires dont le très célèbre « Iveco » pouvaient-ils être mobilisés pour servir les intérêts partisans du clan d’Ali Bongo Ondimba.
Usage du patrimoine étatique à des fins partisanes: rupture annoncée, héritage perpétué
L’arrivée au pouvoir de l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB) avait suscité d’énormes espoirs chez les populations gabonaises. Une forte espérance matérialisée par le plébiscite à l’endroit du candidat Brice Clotaire Oligui Nguema, lors de l’élection présidentielle d’avril 2025, porté par plus de 94% des suffrages exprimés. Mais aujourd’hui, dans les faits, l’opinion découvre, l’autre visage, jusqu’ici méconnu, du nouveau Parti au pouvoir.
La rupture annoncée d’avec les pratiques anciennes n’est restée qu’une simple vue de l’esprit. Comme le PDG hier avec Ali Bongo Ondimba, l’UDB aujourd’hui, avec Oligui Nguema, ne rate pas d’occasion pour engager les moyens de l’État dans ses activités politiques. Actuellement en tournée interprovinciale, le Secrétaire Général du Parti au pouvoir Mays Mouissi et sa délégation ont été aperçus en train de descendre d’un avion appartenant à l’armée de l’air, à l’aéroport de Koula-Moutou.
Un triste héritage perpétué aujourd’hui par certaines voix extrêmement critiques d’hier. Porté par d’anciens activistes de la diaspora et certaines figures de l’opposition d’Ali Bongo Ondimba, l’UDB d’Oligui Nguema peine désormais à tour, à rompre avec les pratiques que ses figures de proue dénonçaient naguère avec virulence.







