
Libreville, le 16 juin 2026 – (Dépêches 241). Le conseil interministériel tenu mardi 9 juin dernier aurait arrêté un projet de texte aux conséquences politiques et administratives lourdes. Selon les informations relayées par nos confrères de Média Afrique News, certains postes stratégiques tels que celui de Premier ministre, Vice-président de la République, Ministre de l’Intérieur, de la Défense, de la Justice, de l’Économie et des Finances ne seront exclusivement réservés qu’aux personnes nées de père et de mère gabonais et légalement mariées à un gabonais. Une décision qui, en cas de confirmation et d’adoption au prochain Conseil des ministres, risque de considérablement reconfigurer le paysage politique et administratif du pays.
De nouvelles conditions pourraient bientôt être établies pour accéder à certaines fonctions ministérielles. L’information émane des travaux tenus en conseil interministériel le mardi 9 juin dernier. Parmi les nouveaux critères évoqués pour occuper certains postes ministériels et institutionnels importants, figureraient l’absolue obligation d’être né d’un père et d’une mère gabonais, mais aussi d’être marié légalement à un gabonais ou une gabonaise.
Si le ce texte reste encore au stade d’un projet, il bouscule déjà les consciences, mais surtout les cercles et écuries politiques de la Nation. Car, s’il venait à être adopté lors du prochain Conseil des ministres, il provoquera assurément une reconfiguration profonde de l’édifice politique et administratif du pays. Plusieurs ténors pourraient très bientôt tomber, cédant la place à de nouveaux visages.
Une décision qui pourrait profondément diviser la société gabonaise ?
En logeant les gabonais dans des cases à l’issue du Dialogue National Inclusif d’avril 2024, en consignant ces recommandations dans la Constitution et en projetant de les faire adopter dans un projet de texte en Conseil des ministres, les nouvelles autorités portent une ambition qui pourrait s’avérer dangereuse, à terme. Cette balkanisation des citoyens risque de provoquer une scission au sein de la société gabonaise, qui verra d’un côté, des gabonais supposément authentiques, accéder à certaines fonctions, et d’autres, taxés de gabonais édulcorés, être exclus des mêmes fonctions.
Le risque d’une citoyenneté à plusieurs vitesses
Au-delà de la volonté affichée de préserver les intérêts supérieurs de l’État et de renforcer la souveraineté nationale, ce projet soulève de nombreuses interrogations quant à ses conséquences sur le pacte républicain gabonais. En conditionnant l’accès à certaines hautes fonctions à des critères de filiation et de mariage, les pouvoirs publics prennent le risque d’instituer, de facto, une citoyenneté à plusieurs vitesses. Car si tous ces hommes et ces femmes sont juridiquement gabonais, certains se verraient reconnaître une forme de « gabonité supérieure », tandis que d’autres, pourtant nés, éduqués et ayant servi le pays avec le même dévouement, seraient exclus de certaines responsabilités du seul fait de leur ascendance ou de leur situation matrimoniale. Une telle orientation pourrait alimenter un sentiment d’injustice et de relégation chez une partie des citoyens, avec le risque de fragiliser davantage la cohésion nationale.
Ne pas répondre à un traumatisme par une autre forme d’exclusion
Il est compréhensible que les nouvelles autorités veuillent tirer les leçons des dérives observées sous le régime d’Ali Bongo Ondimba, marqué par l’influence de certains cercles de pouvoir communément désignés sous les appellations de « légion étrangère » ou de « Young Team », encore appelée « collégiens de bord ». Pour une partie de l’opinion, ces épisodes ont laissé le sentiment d’une confiscation de l’État par des réseaux jugés éloignés des aspirations profondes du peuple gabonais. Mais ce traumatisme politique ne devrait pas conduire à l’adoption de dispositions susceptibles de créer de nouvelles formes d’exclusion. Gouverner par réaction aux excès du passé comporte toujours le risque de produire des décisions contestables.
La nécessité de protéger les intérêts stratégiques de la Nation est légitime. Elle ne saurait cependant se faire au prix d’une remise en cause de l’égalité entre les enfants du Gabon, quels que soient leurs origines familiales ou les choix personnels qui fondent leur vie privée.







