L’UDB ferme la porte au FER pour une fusion: l’échec d’une stratégie politique fait d’opportunisme et de renoncement

Bonaventure Nzigou Manfoumbi se voit opposer une fin de non-recevoir de la part du parti présidentiel. Le ministère de l’intérieur évoque une incomplétude marquée par l’absence de signature de l’UDB sur le procès-verbal.

Libreville, le 4 août 2026-(Dépêches 241). Dans la vie, il y a implacablement ceux qui perdent et ceux qui gagnent. Et au regard du refus, quoique diplomatique mais catégorique, du ministère de l’intérieur, de donner une suite favorable à la demande du Front d’Égalité Républicain (FER) de Bonaventure Nzigou Manfoumbi d’intégrer les rangs de l’union démocratique des bâtisseurs, il semble évident que ce parti ferait partie des perdants. Sa tentative, inespérée, de se faire absorber par le parti présidentiel n’aura pas prospéré, après avoir lâchement et perfidement abandonné la plateforme Vision 2025 et Hervé Patrick Opiangah. Ce refus est d’autant plus démonstratif qu’il révèle à la fois la position méfiante de l’UDB envers certains partis politiques et, surtout, le caractère opportuniste derrière cette volonté d’absorption.

En politique comme dans la vie de tous les jours, le prix de la trahison, c’est la mort. Soyons clairs pour éviter les interprétations ou supputations malencontreuses. Il ne saurait être question de la mort au sens de prendre la vie d’autrui, mais de la mort au sens politique. Ce sens politique cantonne tout dirigeant de formation politique ou militant reconnu comme traître à devoir raser les murs, à se faire refouler partout où sa tête est aperçue. D’autant qu’il est connu de tous, et encore plus dans le milieu politique, que celui qui trahit lâchement hier pour des raisons inavouées n’hésitera pas à trahir aujourd’hui ou demain pour les mêmes raisons.

C’est l’une des interprétations que l’opinion semble faire du refus du ministère de l’intérieur, par le biais de d’Hermann Immongault, à la tête de ce département ministériel à l’époque, à l’encontre du Front d’égalité républicain (FER), lequel s’est vu refoulé à la porte d’entrée du parti présidentiel. Les instances du parti, dont Mays Mouissi est le secrétaire général semblent n’avoir pas apposé leur signature sur le document requérant. Le ministre évoquent notamment « une incomplétude du FER, parti de Bonaventure Nzigou Manfoumbi, dans son projet de fusion-absorption » avec l’UDB. 

Une fusion qui n’a jamais obtenu l’adhésion du parti présidentiel

Autrement dit, Bonaventure Nzigou Manfoumbi n’aurait pas rempli tous les critères et conditions pouvant permettre à sa formation politique de se faire avaler par le parti d’Oligui Nguema. Comme quoi, même à l’UDB, on choisit ses fréquentations, et c’est sans doute la raison pour laquelle sa signature n’apparaît nulle part dans le procès-verbal.

D’ailleurs, c’est le principal grief que fera Hermann Immongault à l’endroit de Bonaventure Nzigou Manfoumbi pour justifier le refoulement de sa demande de fusion-absorption par l’UDB. Il l’exprime explicitement dans la lettre, datée du 7 août 2025, qu’il adresse à l’intéressé en ces termes : « Je note que ce procès-verbal est exclusivement signé par vous et le rapporteur de séance, tous deux militants de votre formation politique. Pourtant, aux termes des dispositions de l’alinéa 2 de l’article 59 de la loi n° 016/2025 du 27 juin 2025 relative aux partis politiques, ce procès-verbal aurait dû être “signé par toutes les parties prenantes”. » Le propos suggère, dans le fond, que les dirigeants de l’UDB n’auraient pas été présents lors de la séance de travail au cours de laquelle le fameux procès-verbal a été élaboré.

Le seuil des 10 000 adhérents, un défi presque impossible à relever ? 

Une situation qui intervient au regard de la lettre et de l’esprit de la nouvelle loi sur les partis politiques, laquelle exige, pour continuer à exister en tant que parti politique, d’enregistrer un minimum de 10 000 adhésions. Une exigence autrement plus difficile à remplir pour Bonaventure Nzigou Manfoumbi et son parti, qui n’auront alors d’autre choix que de disparaître de l’écosystème politique gabonais. Ainsi, après avoir eu entre ses mains l’opportunité d’assurer la pérennité de sa formation politique au sein de la plateforme politique républicaine « Vision 2025 », le FER pourrait finalement disparaître parce que son président aurait été incapable de faire preuve de recul et de sagesse face à la situation et aux opportunités du moment.

Le prix d’un repositionnement jugé opportuniste

Cette situation rappelle avec peine que le milieu politique gabonais regorge d’imposteurs et de manipulateurs qui pensent pouvoir profiter allègrement de la naïveté de certains citoyens en mal de vigilance. Elle rappelle surtout qu’en tant que dirigeant ou président d’un parti politique, toutes les opportunités ne sont pas bonnes à saisir. En croyant nuire, on finit par se nuire soi-même. La disparition probable du FER est sans doute l’une des conséquences de cet amateurisme de certains hommes politiques gabonais qui souffrent vraisemblablement d’un manque criant de vision.

En définitive, le rejet de la demande de fusion-absorption du FER par l’UDB pourrait marquer un tournant décisif dans le parcours politique de Bonaventure Nzigou Manfoumbi. Au-delà du cas particulier de cette formation politique, cet épisode rappelle que les choix stratégiques opérés par les dirigeants engagent durablement l’avenir de leurs partis et que les conséquences d’une rupture d’alliances peuvent parfois s’avérer irréversibles..

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