
Libreville, le 29 Juin 2026 – (Dépêches 241). Signé la veille à Addis-Abeba sous l’égide de l’Union africaine, l’Accord-cadre censé remettre Libreville et Malabo autour de la table sur le dossier de l’île Mbanié n’aura pas tenu vingt-quatre heures. Le Gabon a suspendu les négociations avec son voisin équato-guinéen, dénonçant une interprétation « unilatérale, abusive » de l’accord et des « déclarations mensongères » qui, selon Libreville, cherchent à le discréditer. Retour sur une crise diplomatique qui s’est jouée en un temps record.
Il aura suffi d’une nuit. Signé le 28 juillet, en marge de la 51e session ordinaire du Conseil exécutif de l’Union africaine, l’Accord d’engagement conjoint entre le Gabon et la Guinée équatoriale devait ouvrir une nouvelle séquence de dialogue autour du contentieux de l’île Mbanié. Le lendemain, coup de théâtre : dans un communiqué signé de l’ambassade du Gabon en Éthiopie et auprès de l’UA, Libreville annonce la suspension pure et simple du processus. Une décision brutale, qui trahit une rupture de confiance et fait planer le doute sur la suite du règlement de ce différend vieux de plusieurs décennies.
Pour mesurer l’ampleur de la crise, il faut revenir sur la nature exacte de l’accord suspendu. Selon la diplomatie gabonaise, ce texte avait pour « unique et seul » objectif de fixer le cadre des discussions entre les deux pays, dans un « esprit de dialogue et de coopération », ainsi que les modalités d’application de l’arrêt rendu le 19 mai 2025 par la Cour internationale de justice. Rien de plus.
Un texte technique, pas un règlement anticipé
Libreville insiste en indiquant que ce document ne pouvait « en aucune circonstance, être interprété comme une quelconque exécution anticipée de cet arrêt », ni comme « une reconnaissance, une délimitation ou une modification des frontières internationales entre les deux États ». Or c’est précisément cette lecture que les autorités gabonaises reprochent à leur voisin d’avoir imposée, en s’en tenant à une interprétation jugée « unilatérale, abusive et manifestement contraire à la fois à la lettre et à l’esprit de cet engagement » souligne l’Union.
C’est là que le ton monte franchement. Le Gabon dit avoir constaté, avec regret, la diffusion, par voie officielle et sur les réseaux sociaux locaux, de « déclarations mensongères, trompeuses et diffamatoires », qu’il attribue aux autorités de Malabo. Ces prises de parole laisseraient entendre que Libreville aurait accepté une délimitation territoriale favorable à son voisin, alors qu’il n’en est rien, selon le gouvernement gabonais.
Des « déclarations mensongères » qui ont mis le feu aux poudres
Une accusation qui pèse lourd : c’est elle, plus que le texte de l’accord lui-même, qui a précipité la suspension. Faute de démenti formel de Malabo, le Gabon a choisi d’arrêter net le processus, prévenant que la suspension durera « jusqu’au rétablissement de la vérité, au retrait des déclarations mensongères diffusées par les autorités équato-guinéennes et à l’obtention des garanties » nécessaires à la reprise du dialogue, fondées sur « la bonne foi, le respect mutuel et la confiance réciproque », a-t-on pu lire dans l’Union.
En posant ces conditions, Libreville cherche à reprendre la main sur un narratif qu’il estime lui avoir échappé, tout en réaffirmant son attachement aux principes fondateurs de l’Union africaine : règlement pacifique des différends, respect mutuel entre États souverains et exécution de « bonne foi » des engagements internationaux. Le gouvernement gabonais a d’ailleurs pris soin de préciser que cet attachement aux principes ne devait pas être lu comme une faiblesse, ni servir de levier à une quelconque propagande politico-diplomatique.
Une fermeté qui a un prix
Reste que cette suspension, aussi justifiée soit-elle aux yeux de Libreville, comporte ses propres risques. Elle fige, au moins temporairement, un processus porté par l’Union africaine et suivi de près par la communauté internationale, et elle expose le Gabon à devoir démontrer sa propre bonne foi au moment même où il accuse son voisin de manquer à la sienne.
Le dossier Mbanié, déjà sensible, entre ainsi dans une phase où chaque mot, chaque communiqué, pèsera sur la suite des relations entre Libreville et Malabo et sur la crédibilité du mécanisme de médiation continentale censé les rapprocher.







