
Libreville, le 1er Juillet 2026-(Dépêches 241). La classe politique française semble de plus en plus inquiète face à la gestion économique, politique et sociale du Gabon depuis l’arrivée au pouvoir du régime d’Oligui Nguema. L’alerte a été donnée par le député de La France Insoumise du Val-d’Oise, Arnaud Le Gall. Le parlementaire, dans une question adressée au ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, relève les incohérences du régime et dénonce, sans fioritures, le penchant autoritaire du pouvoir post-transition. Cette posture n’est pas seulement l’indice d’une simple dérive ; elle constitue surtout la manifestation d’une crise presque inévitable des relations qui risque de s’installer durablement entre Paris et son ancienne colonie.
D’entrée de jeu, le parlementaire français Arnaud Le Gall, sans détour, s’émeut du silence des autorités françaises face à la situation politique, économique et sociale qui semble caractériser le Gabon depuis la chute d’Ali Bongo Ondimba. Selon le député, le Gabon traverse une situation plus qu’inquiétante, qui devrait, en toute logique, retenir l’attention du gouvernement français, lequel semble volontairement détourner le regard des insuffisances de la gouvernance actuelle du pays.
Dérives autoritaristes, culte de l’arbitraire, restrictions des libertés, le député de France Insoumise est sans filtre
Selon Le Gall, le Gabon connaîtrait « un tournant autoritaire » sous les gouvernants actuels. Il justifie cette inquiétude grandissante par la multiplication des arrestations, qu’il qualifie « d’arbitraires », notamment avec la détention de l’ancien Premier ministre et principal opposant au régime, Alain-Claude Bilie-By-Nze, emprisonné depuis le 16 avril 2026, dont la procédure demeure aussi floue que l’affaire elle-même. D’ailleurs, plusieurs voix de la classe politique gabonaise, aussi bien dans l’opposition que parmi certaines personnalités connues pour être de fervents soutiens du président, ont également exprimé leurs préoccupations.
Le parlementaire dénonce également la volonté du gouvernement gabonais de restreindre les libertés fondamentales, notamment à travers l’interdiction des manifestations, le durcissement du Code de la nationalité et la suspension jugée injustifiable des réseaux sociaux depuis le 17 février dernier par la Haute Autorité de la communication. Le député estime que cet ensemble de griefs constitue un recul des droits et libertés fondamentaux dans le pays. Dans ces conditions, il ne s’explique pas le silence de la France face à de telles dérives alors qu’au-delà des relations historiques entre les deux pays, elle se doit de défendre l’État de droit et la démocratie, sans lesquels le peuple n’aurait d’autre statut que celui de victime.
La banalisation de la détresse populaire et l’insensibilité face à l’indignité
Sans détour, l’élu de La France Insoumise s’attaque également à un sujet qui semble être devenu une situation banalisée : la multiplication des sans-abri, conséquence des déguerpissements brutaux au bulldozer de populations vivant dans plusieurs quartiers du Grand Libreville. Malgré les interpellations et les cris de détresse adressés au chef de l’État, ces appels sont restés sans suite. Aucune solution de relogement ne semble à l’ordre du jour. Les Gabonais vivent désormais chez eux comme s’ils étaient en terre étrangère, tandis que le gouvernement accorde la priorité à des projets d’aménagement dont personne ne peut dire avec exactitude à quel moment ils verront réellement le jour.
La visite d’Oligui Nguema à Paris sous le feu des critiques
L’invitation adressée au président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, qui se rendra le 20 juillet prochain en visite officielle en France, résonne, selon le député, comme une marque d’indécence, d’indifférence et de mépris inexplicable à l’égard des Gabonais. À ses yeux, cette rencontre entre les deux chefs d’État prend l’allure d’une caution apportée par l’État français qui, au lieu de contraindre les dirigeants gabonais au respect de l’État de droit et à l’instauration d’une véritable démocratie, semble privilégier la protection de ses propres intérêts au détriment du peuple gabonais. Une telle attitude constituerait un risque non négligeable lorsque l’on sait ce que cette politique a coûté à la France dans le Sahel. Dans ces conditions, estime t-il, la France gagnerait à ne pas reproduire les mêmes erreurs qui ont profondément terni son image auprès des peuples africains.
Cette prise de position du député français illustre que les interrogations sur la gouvernance du Gabon dépassent désormais le seul cadre du débat politique national. Si les autorités gabonaises continuent de défendre la légitimité de leurs choix, les critiques formulées à Paris témoignent d’un malaise grandissant autour de la trajectoire politique empruntée depuis la transition. À l’approche de la visite officielle du président Brice Clotaire Oligui Nguema en France, les relations entre Libreville et Paris pourraient ainsi être marquées par un équilibre délicat entre coopération diplomatique, intérêts stratégiques et exigences en matière de respect des principes démocratiques.







