
Libreville, le 1er Juillet 2026 – (Dépêches 241). La tribune d’Yves Fernand Manfoumbi publiée le 27 juin 2026 sur les réseaux sociaux, est rédigée avec l’élégance de celui qui a l’habitude des grandes institutions. L’ancien ministre et homme fort du régime d’Ali Bongo y explique que l’avertissement de Moody’s ne doit pas être interprété comme une fatalité, mais comme une invitation à accélérer les réformes. Il parle de rigueur, de bonne gouvernance, de diversification économique et de crédibilité financière. Des mots justes, un diagnostic pertinent, une plume exercée. Un seul problème : Yves Fernand Manfoumbi a été Directeur général du Budget et des Finances Publiques sous Ali Bongo.
La DGBFIP qu’il a dirigée est précisément l’institution que les données publiques désignent aujourd’hui comme le plus grand donneur d’ordres de Luxury Car, avec plus de 5,785 milliards FCFA de marchés en entente directe. Et la trajectoire budgétaire qu’il commente aujourd’hui avec sérénité depuis l’extérieur, il en a été l’un des architectes de l’intérieur.
Yves Fernand Manfoumbi a passé quatre ans à la tête de la Direction générale du Budget sous Ali Bongo. Quatre ans à tenir les cordons de la bourse de l’État gabonais. Quatre ans pendant lesquels les pratiques budgétaires que Fitch et Moody’s sanctionnent aujourd’hui se construisaient. Il publie en juin 2026 une tribune appelant les autorités à tenir un « langage de vérité » sur les finances publiques. Ce langage, il aurait pu commencer à le tenir bien plus tôt.
En avril 2015, en pleine chute des cours pétroliers, il déclarait à Jeune Afrique : « Les ressources publiques diminuent fortement mais il n’y a pas de véritable problème de trésorerie ». Fitch documente aujourd’hui un déficit de trésorerie de 7,5 % du PIB pour 2025, financé par accumulation d’arriérés. Le problème existait. Il n’était pas encore nommé. Pas par lui, en tout cas.
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Après la DGB, Manfoumbi a dirigé l’Agence nationale des grands travaux, coordonné le Plan stratégique Gabon Émergent, et présidé la Zone de Libre Échange Continentale Africaine. Une carrière entièrement construite dans le système qu’il critique aujourd’hui. À aucun moment de cette trajectoire, aucune prise de position publique ne le signale comme une voix d’alerte sur les dérives qu’il dénonce en 2026.
Son départ du gouvernement en 2018 ne résulte pas d’un désaccord de fond sur la gestion budgétaire. Il résulte d’une rupture politique avec Ali Bongo, consécutive à des comportements jugés incompatibles avec sa fonction ministérielle. Il y a une différence entre quitter un système par conviction et en être éjecté par disgrâce. Manfoumbi appartient à la seconde catégorie.
Sa tribune de juin 2026 serait plus convaincante avec un bilan assumé : quelles décisions a-t-il prises ou évitées pendant ses quatre années à la DGB ? Quelle était sa position sur l’entente directe dans les marchés publics de son périmètre ? Sans ces réponses, l’appel à la rigueur reste ce qu’il est : un exercice de repositionnement post-régime et non un acte de responsabilité.







