Gabon: Jean Gaspard Ntoutoume Ayi découvre la dette qu’il a pourtant gérée pendant 2 ans 

Jean Gaspard Ntountoume Ayi, ancien DG de la Dette, désormais député © Dépêches 241

Libreville, le 30 Juin 2026 – (Dépêches 241). Il y a quelque chose de saisissant dans l’intervention de Jean Gaspard Ntoutoume Ayi au Débat d’orientation budgétaire. L’homme a fustigé avec véhémence l’état catastrophique des finances publiques gabonaises, dénoncé le recours massif à l’endettement de fonctionnement, alerté sur les 1 000 milliards FCFA de charges d’intérêts à venir, et appelé les autorités à tenir un langage de vérité devant les Gabonais. Discours courageux. Diagnostic juste. Timing troublant. Jean Gaspard Ntoutoume Ayi a été Directeur général de la Dette du Gabon pendant deux ans. La dette qu’il dénonce aujourd’hui depuis son banc de député, il en était l’un des gestionnaires hier depuis son bureau de directeur général.

La Direction générale de la Dette est précisément l’organe de l’État chargé de piloter la stratégie d’endettement public, de négocier les conditions des emprunts, de suivre le stock des engagements et d’alerter les autorités sur les risques de soutenabilité. C’est le poste depuis lequel on voit tout : les arriérés qui s’accumulent, les refinancements qui se superposent, les conditions des facilités contractées avec des négociants comme Trafigura, les engagements envers les multilatéraux non honorés. Ntoutoume Ayi a occupé ce poste. Il a donc vu tout cela. La question qui s’impose naturellement est simple : qu’a-t-il dit à l’époque, et à qui ? 

Quand le gardien de la dette devient lanceur d’alerte

Un directeur général de la Dette qui constate en exercice que son pays emprunte pour payer ses frais de fonctionnement, que les arriérés s’accumulent envers les créanciers multilatéraux et bilatéraux, et que la charge d’intérêts devient insoutenable, dispose de plusieurs options. Il peut alerter formellement sa hiérarchie par note écrite. Il peut produire des rapports de soutenabilité qui documentent la trajectoire. Il peut, en dernier recours, démissionner et rendre publics ses désaccords. Ce qu’il ne peut pas faire, sans s’exposer à une contradiction fondamentale, c’est gérer silencieusement la dette pendant deux ans puis monter à la tribune parlementaire pour en dénoncer l’état catastrophique comme s’il en découvrait l’existence.

Le discours de vérité que Ntoutoume Ayi appelle de ses vœux est effectivement nécessaire au Gabon. Fitch et Moody’s en ont établi les grandes lignes avec une précision que les rapports internes de la Direction générale de la Dette auraient dû également documenter pendant les années où il en avait la charge. Mais ce langage de vérité doit commencer par une question que l’ancien directeur général se doit de poser publiquement à lui-même : qu’est-ce qui, pendant ces deux années à la tête de la gestion de la dette gabonaise, l’a empêché de tenir ce même discours devant les autorités dont il dépendait ? La réponse à cette question vaut autant que toutes les tribunes parlementaires réunies.

Une parole tardive, mais un débat nécessaire

Il serait toutefois injuste de ne pas reconnaître à Jean Gaspard Ntoutoume Ayi le mérite d’avoir contribué à fissurer un discours officiel qui, pendant longtemps, a présenté la situation budgétaire et financière du pays sous un jour plus rassurant que ne le laissaient apparaître les indicateurs disponibles. En portant le débat sur la place publique, il participe à un exercice de transparence dont le Gabon a besoin. Le fait que cette prise de parole intervienne après son passage à la Direction générale de la Dette soulève une question légitime de cohérence et de responsabilité, mais il ne doit pas conduire à écarter systématiquement le fond des alertes qu’il formule aujourd’hui. Une démocratie gagne toujours à ce que les sujets budgétaires cessent d’être confinés aux cercles administratifs pour être discutés ouvertement.

La conversion tardive aux vertus de la transparence budgétaire est un classique de la vie politique gabonaise. Des hommes qui ont administré en silence les dérives qu’ils dénoncent ensuite avec éloquence depuis l’opposition ou depuis un banc parlementaire. Ntoutoume Ayi n’a peut-être pas tort sur le fond. Il a certainement un problème de crédibilité sur la forme. Et dans un pays où la confiance dans les institutions est l’un des principaux facteurs de dégradation de la note souveraine selon Fitch elle-même, ce problème de crédibilité n’est pas anodin.

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