Gabon : 144 véhicules, 3,96 milliards FCFA, zéro appel d’offres, le tout chez Luxury Car

Plus de 100 véhicules et une faramineuse somme de près de 4 milliards chez un seul concessionnaire, la curieuse entente directe entre la DGBFIP et Luxury Car © Dépêches 241

Libreville, le 30 Juin 2026 – (Dépêches 241). Trois milliards neuf cent soixante millions six cent seize francs CFA. C’est le montant qu’a engagé la Direction Générale du Budget et des Finances Publiques pour acquérir 144 véhicules administratifs, dans le cadre d’un marché approuvé le 25 avril 2024 et attribué en entente directe à la société LUXURY CAR. À raison de 27,5 millions FCFA par véhicule en moyenne, la DGBFIP s’est dotée d’un parc automobile dont le standing interroge autant que la procédure qui a permis de le constituer.

L’entente directe, rappelons-le, est une exception dans le droit gabonais des marchés publics. Elle suppose des circonstances précises et documentées qui justifient l’absence de concurrence. Acquérir 144 véhicules administratifs ne relève d’aucune urgence impérieuse, ne requiert aucun savoir-faire exclusif, et ne présente aucun caractère de confidentialité. Des dizaines de concessionnaires et d’importateurs automobiles opèrent à Libreville et auraient pu répondre à un appel d’offres ouvert. Aucun n’a été sollicité.

Le volume du marché est en lui-même éloquent. Cent quarante-quatre véhicules pour une seule direction administrative, sur un seul exercice budgétaire. À titre de comparaison, plusieurs ministères techniques gabonais opèrent avec des parcs automobiles inférieurs à ce chiffre, acquis sur plusieurs années. La DGBFIP, en une seule commande approuvée en avril 2024, a donc constitué une flotte que d’autres institutions n’atteignent pas en une décennie. La justification opérationnelle de ce volume n’a jamais été rendue publique.

Ce marché intervient dans un contexte budgétaire sous tension. Le Gabon a réduit son budget 2026 de plus de 860 milliards FCFA dans le cadre de ses engagements avec le FMI. Les investissements publics ont été comprimés, les transferts sociaux rationalisés, et les ministères techniques ont vu leurs dotations amputées. Dans ce tableau d’austérité affichée, un renouvellement de parc automobile à près de 4 milliards FCFA en gré à gré constitue une anomalie politique autant que budgétaire.

La DGMP a visé le marché sans émettre de réserve publique. Le ministère des Comptes Publics, dont dépend la DGBFIP, n’a communiqué sur aucun des éléments de ce dossier. Les 144 véhicules ont été livrés, selon nos informations, et circulent aujourd’hui dans les rues de Libreville. Ce que personne n’explique encore, c’est pourquoi il a fallu autant de voitures, pourquoi ce fournisseur-là, et pourquoi sans concurrence.

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