La CNNII ressuscitée : après dix ans d’agonie, la navigation intérieure gabonaise retrouve ses amarres

Le conseil des ministre de ce jour a pris des décisions importantes qui actent un nouveau départ pour la CNNII © Dépêches 241

Libreville, le 26 Juin 2026 – (Dépêches 241). En 2015, la Compagnie Nationale de Navigation Intérieure et Internationale suspendait ses lignes lagunaires et fluviales. Le Gabon perdait alors ce qui avait été pendant des décennies l’un de ses rares outils de désenclavement des territoires enclavés, ce pays de forêts denses et de fleuves larges où la route ne peut pas tout faire et où le fleuve a longtemps été le seul lien entre des communautés que des centaines de kilomètres de pistes défoncées séparent du reste du monde. Dix ans d’agonie plus tard, le Conseil des ministres du 25 juin 2026 a adopté un projet de loi portant création, attributions et organisation de la CNNII, lui donnant enfin le cadre juridique complet qui lui manquait depuis sa création en 2013. La compagnie n’est pas née ce 25 juin, mais elle a reçu son acte de naissance officiel.

La résurrection est en réalité en marche depuis 2023. Dès les premiers mois du CTRI, le ministère des Transports s’était déplacé en Grèce et en Turquie pour acquérir de nouveaux navires. En mai 2024, le premier bateau était réceptionné au port d’Owendo. En août 2024, l’IN ATLANTIC 1 rejoignait la flotte. En février 2025, la CNNII passait sous concession du groupe burkinabé EBOMAF pour vingt ans, avec des dessertes relancées entre Libreville, Port-Gentil et Lambaréné à des tarifs compétitifs. Une gare maritime moderne est en construction à Libreville, dont la livraison est prévue pour le 17 août 2026, date symbolique s’il en est. Ce que le Conseil des ministres du 25 juin a fait, c’est poser le verrou juridique sur un édifice déjà en construction depuis deux ans.

D’une compagnie fantôme à une renaissance encadrée

Le Gabon dispose de plus de 10 000 kilomètres de réseau routier hors voiries urbaines, dont seulement 1 800 kilomètres sont bitumés. Des pans entiers du territoire, l’Ogooué-Ivindo, la Ngounié profonde, le Moyen-Ogooué, ne sont accessibles que par voie fluviale une partie de l’année, ou à des coûts de transport terrestre si élevés qu’ils renchérissent mécaniquement le prix de tout ce qui y entre et de tout ce qui en sort. La vie chère au Gabon n’est pas qu’une question de marges commerciales excessives, c’est aussi une question de coût logistique que la CNNII, si elle fonctionne, peut contribuer à réduire concrètement. Le gouvernement l’a bien compris en articulant explicitement le plan de relance de la compagnie autour de l’objectif de lutte contre la vie chère.

Le pari du désenclavement et de la baisse des coûts logistiques

La concession à EBOMAF Gabon pour vingt ans est le choix sur lequel reposera la viabilité réelle de la relance. EBOMAF est un groupe burkinabé présent dans les travaux publics et les infrastructures en Afrique de l’Ouest et centrale, dont l’expérience dans le transport maritime est plus limitée que dans le BTP. La convention de concession signée le 5 février 2025 lui confie l’exploitation commerciale de la compagnie sur deux décennies, un pari sur la capacité d’un opérateur privé à redresser une entreprise publique qui avait cumulé les échecs de gestion depuis sa création. Les termes financiers de cette concession n’ont pas été rendus publics. C’est une lacune de transparence de plus que le débat parlementaire sur le projet de loi devrait combler.

La CNNII qui renaît en ce mois de juin 2026 n’est plus la compagnie fantôme qui avait abandonné ses lignes il y a dix ans. Elle a des navires, un concessionnaire engagé sur vingt ans, une gare maritime en construction et désormais un cadre légal solide. Ce qui reste à prouver, c’est qu’elle peut tenir ses engagements dans la durée. Pour les populations de l’intérieur du pays, qui ont appris depuis des années à ne compter sur personne d’autre qu’eux-mêmes pour relier leurs villages au reste du Gabon, la CNNII ressuscitée n’est pas encore une réalité, c’est encore une promesse. Une promesse mieux armée que toutes les précédentes, mais une promesse quand même.

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