
Libreville, le 9 août 2026 – (Dépêches 241). L’annonce d’un audit au sein de la Gabon Oil Company relance une question que l’État gabonais s’obstine à ne jamais trancher : à quoi servent ces missions de contrôle lorsque leurs conclusions s’évaporent dans le silence des cabinets ministériels ? De la SEEG à l’ANINF en passant par la Delta Synergie, la liste des audits diligentés sans suite publique s’allonge, dessinant les contours d’une gouvernance qui affiche la rigueur sans jamais en assumer les résultats. La GOC, joyau stratégique de la production pétrolière nationale, s’apprête-t-elle à rejoindre ce cimetière des rapports scellés ?
L’annonce d’un audit, au Gabon, ne surprend plus personne, au mieux elle lasse. Chaque secteur sensible de l’État a connu son tour d’audit annoncé en grande pompe. Contrôle de gestion, mission d’inspection, cabinet international mandaté pour « faire la lumière ». Et chaque fois, le même schéma se répète, un lancement médiatisé, puis un silence qui s’installe et ne se rompt jamais.
Un rituel administratif devenu suspect
La SEEG en est l’exemple le plus flagrant : un audit promis pour clarifier une gestion contestée, des enquêtes évoquées par les autorités elles-mêmes, et au bout du compte, aucune restitution publique digne de ce nom. Même configuration pour l’audit de la nébuleuse Delta Synergie annoncé pendant la transition mais dont les conclusions n’ont jamais été rendues publiques. Dans ces conditions, comment ne pas s’interroger sur la nature réelle de l’audit annoncé pour la GOC ? S’agit-il d’un véritable outil de redressement, ou d’un totem que l’on brandit pour donner l’illusion du contrôle ?
La GOC, trop stratégique pour rester opaque
La Gabon Oil Company n’est pas une entreprise publique parmi d’autres. Elle est devenue, en quelques années, l’un des piliers de la stratégie énergétique nationale, un acteur dont les décisions pèsent directement sur les recettes de l’État et sur la crédibilité du pays auprès de ses partenaires pétroliers. C’est précisément cette centralité qui rend le flou inacceptable. Un audit mené sur une compagnie de cette importance ne peut se contenter d’un communiqué de lancement suivi d’un mutisme prolongé.
LIRE AUSSI: Delta Synergie deux ans après : l’audit fantôme de la Transition ?
Les Gabonais sont en droit de savoir si cette démarche répond à une exigence réelle de transparence, ou si elle sert d’autres calculs, luttes d’influence, repositionnement de dirigeants, arbitrages internes dont le contribuable ne verra jamais la teneur.
La transparence ne se décrète pas, elle se prouve
Le gouvernement ne cesse d’invoquer la bonne gouvernance comme boussole de son action. Mais une gouvernance qui multiplie les audits sans jamais publier leurs conclusions ne gouverne pas, elle communique. Ce qui n’est pas la même chose. Tant que les résultats des missions précédentes resteront verrouillés, l’audit de la GOC ne pourra être perçu que comme un exercice de plus, potentiellement voué au même sort que ses devanciers.
Il appartient désormais aux autorités de rompre ce cycle car après les audits, il faut publier , expliquer, sanctionner si nécessaire. À défaut, c’est la suspicion d’un audit de façade, commandé pour rassurer, jamais pour réformer, qui continuera de prospérer, au détriment de la crédibilité même de l’État.







