Delta Synergie deux ans après : l’audit fantôme de la Transition ?

Le Colonel Ulrich Manfoumbi annonçant l’audit de la Delta Synergie l’a t-elle déjà enterré ?

Libreville, le 14 Janvier 2026 – (Dépêches 241). En mars 2024, l’actuel ministre des Transports, le colonel Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, alors porte-parole du Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI), annonçait avec tambours et trompettes un audit général de la holding Delta Synergie. Cette déclaration avait pour objectif clair de convaincre l’opinion publique que le régime militaire était résolument arrivé pour mettre un terme aux avantages indus, aux malversations financières et aux pratiques opaques qui, durant des décennies, ont maintenu le peuple gabonais dans la précarité et freiné le développement du pays. Les objectifs affichés à l’époque étaient limpides : démanteler cet empire économique, financier, mobilier et immobilier, symbole des dérives du système avilissant Bongo-PDG. Aujourd’hui, presque deux ans après, silence total : aucun bilan, aucune conclusion disponible, et le peuple, lui, peut continuer d’attendre.

Attendues par les populations depuis bientôt deux ans, les conclusions de l’audit annoncé de ce que beaucoup nomment la « Pieuvre Delta Synergie » restent invisibles. L’annonce avait été faite en mars 2024, sur un ton particulièrement solennel, par le colonel Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, alors porte-parole du CTRI, comme un acte fort censé matérialiser la rupture avec l’ancien régime. Aujourd’hui, alors que la Transition politique a officiellement pris fin au Gabon, rien ne semble avoir été concrètement engagé, et aucun bilan n’a été présenté au peuple gabonais. Cette absence totale de résultats donne le sentiment que la promesse initiale n’a jamais dépassé le stade du discours.

L’opinion publique se souvient encore de ce moment où, sous les dorures du Palais Rénovation de Libreville et les projecteurs de la télévision nationale, la voix du porte-parole du CTRI s’éleva pour annoncer l’audit de Delta Synergie, présenté comme le coffre-fort du clan Bongo et l’instrument discret de son enrichissement démesuré. « Respectueux des engagements pris devant le Peuple Gabonais, le CTRI annonce le lancement dans les tous prochains jours d’un audit général, financier, technique, immobilier et mobilier de la Holding Delta Synergie », avait-il déclaré.  Il faut dire que cette holding est présente aussi bien dans les secteurs bancaire, minier et pétrolier que dans l’agro-industrie, concentrant à elle seule une part considérable des richesses nationales.

Une autre décision restée au stade de simple annonce ?

À cet instant précis, le problème semblait déjà réglé. L’émotion populaire, savamment entretenue, avait remplacé l’exécution concrète, et le verbe s’était substitué à l’action. Or, deux ans plus tard, le constat est sans appel. C’est toujours le néant. Aucune conclusion n’a été rendue publique, aucun rapport officiel n’est consultable, et l’annonce s’est progressivement dissoute dans les méandres de la bureaucratie et du silence institutionnel. Cette non-réalisation tend à démontrer que l’audit de Delta Synergie relevait davantage de la manipulation politique et des effets d’annonce que d’une réelle volonté de rompre avec les pratiques du passé, rappelant tristement les méthodes de l’ancien régime.

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Aussi, à force de multiplier les annonces grandioses sans résultats concrets, le gouvernement d’Oligui Nguema a fini par éroder la confiance publique et par dévaluer la parole politique. La rupture tant promise apparaît aujourd’hui sérieusement remise en cause, d’autant que les acquis économiques et les structures héritées des régimes précédents semblent être restés intacts. En clair, la parole publique ne vaut plus son pesant d’or : elle ne pèse plus rien. Chaque promesse non tenue est une brique supplémentaire dans le mur qui sépare ceux qui décident de ceux qui subissent.

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