Quand l’austérité s’arrête à Paris : la formation des régies financières dans un pays en crise qui scandalise l’opinion 

Luther Steeven Abouna Yangui le Directeur Général de la Comptabilité Publique et du Trésor pendant la formation à Paris ©Capture d’écran Gabon 24

Libreville, le 4 Février 2026 – ( Dépêches 241). Alors que le Gabon traverse l’une des crises sociales les plus aiguës de ces dernières années, marquée par une inflation persistante, des tensions budgétaires structurelles, des taxes impopulaires et, surtout, une paralysie durable du système éducatif due à la grève des enseignants, une décision administrative récemment exécutée suscite une vive indignation au sein de l’opinion publique. Il s’agit de l’organisation et de la tenue effective d’une formation des agents des régies financières à Paris en France, assurée par l’IAE Sorbonne, dans un contexte où l’État ne cesse pourtant de marteler l’argument de l’austérité.

Indignation, colère et déception sont en substance les sentiments qui prédominent depuis hier, après que les images de la formation à Paris, de plusieurs dizaines des agents des régies financières aient été offertes à la vue des gabonais dans un contexte de crise sociale stridente 

Cette formation, dont le coût est jugé extrêmement élevé, intervient à un moment où les enseignants, pilier fondamental de la République, réclament toujours le paiement de leurs salaires arriérés, de leurs primes statutaires et de leurs avancements bloqués depuis des années. Face à ces revendications, le discours officiel demeure invariable : « il n’y a pas d’argent ». Une assertion qui peine aujourd’hui à convaincre, tant elle est contredite par des choix budgétaires difficilement justifiables.

Plus troublant encore, cette formation n’est pas une initiative nouvelle. Selon plusieurs sources concordantes, elle avait déjà fait l’objet d’un rejet explicite par l’ancien ministre de l’Économie et des Finances, Henri Claude Oyima, débarqué en janvier dernier. À l’époque, le projet avait été suspendu en raison de son coût jugé excessif et de son inadéquation manifeste avec la situation financière du pays. Sa réactivation, quelques mois plus tard, interroge donc sur la continuité de l’action publique et sur la cohérence des arbitrages opérés au sommet de l’État.

Depuis la médiatisation de cette formation à Paris, l’indignation est palpable au sein des populations. Sur les réseaux sociaux, dans les discussions publiques comme dans les milieux politiques, nombreux sont ceux qui dénoncent un sens des priorités pour le moins défaillant. Pour beaucoup, cette décision vient renforcer le sentiment d’injustice sociale et donne un écho particulier à la radicalisation du mouvement des enseignants, désormais perçue comme légitime au regard de ce qu’ils considèrent comme un deux poids, deux mesures assumé par l’État.

la formation des régies financières en France qui exacerbe les tensions dans un contexte de crise sociale aiguë 

De cette situation, une question qui revient avec insistance a tout naturellement émergé : pourquoi l’État n’a-t-il pas fait le choix, plus rationnel et économiquement responsable, de faire venir les formateurs à Libreville ? Une telle option aurait permis de réduire considérablement les coûts liés au transport, à l’hébergement et aux frais annexes, tout en assurant un transfert de compétences équivalent. Pourquoi, dans un contexte de crise sociale aiguë doublée d’une situation financière critique pour le pays,  l’Etat a opté pour un déplacement coûteux en France, symbole d’un luxe administratif difficilement défendable, alors même que le gouvernement invoque l’austérité pour refuser de satisfaire des revendications sociales essentielles ?

Au-delà du cas spécifique de cette formation, c’est le narratif même de l’État qui se trouve fragilisé. On ne peut durablement appeler à la rigueur, exiger des sacrifices des travailleurs et, dans le même temps, engager des dépenses de plusieurs millions pour des formations dont le caractère indispensable au fonctionnement immédiat des régies financières reste discutable. Cette dissonance alimente la défiance, creuse le fossé entre gouvernants et gouvernés, et affaiblit la crédibilité de la parole publique.

Il appartient désormais aux autorités de s’expliquer avec clarté et responsabilité. Dans un pays en crise, chaque décision budgétaire est un acte politique fort. Elle révèle des choix, des priorités et, parfois, des renoncements. À défaut d’une remise en question sincère de ce type de décisions, l’État court le risque de voir s’enraciner une colère sociale dont il sera, seul, comptable.

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