63 milliards attribués aux 9 provinces: en situation de crise, peut-on se contenter de la raison du « ballon d’essai » ou doit-on ouvrir une enquête ?

Un Gabon en crise peut-il laisser passer les 63 milliards engloutis pendant la Transition sans reddition de compte ? ©Dépêches 241

Libreville, le 4 février 2026 – (Dépêches 241) Au lendemain du coup d’État du 30 août 2023, les nouvelles autorités de la transition annonçaient une mesure spectaculaire : l’octroi de 7 milliards de francs CFA à chacune des neuf provinces du Gabon, soit 63 milliards au total, destinés à financer des projets structurants et à impulser le développement de l’intérieur du pays. L’annonce, politiquement appréciable, se voulait le symbole d’une rupture avec les pratiques de l’ancien régime. Plus d’un an plus tard, le constat est implacable : aucun projet d’envergure, aucune infrastructure visible, aucun impact tangible ne permet de retracer l’usage réel de ces fonds colossaux.

Le silence lié aux 63 milliards de francs CFA octroyés aux 9 provinces du pays heurte frontalement le discours officiel de rigueur et de transparence brandi par le nouveau pouvoir. Les organes de contrôle, les brigades de suivi des travaux et les agences d’évaluation, pourtant annoncés en grande pompe durant la transition et la campagne présidentielle, brillent aujourd’hui par leur inexistence problématique. Tout donne l’impression que ces dispositifs relevaient davantage de la mise en scène politique que d’une réelle volonté de reddition des comptes. La rupture promise avec les errements du passé semble ainsi s’enliser dans la reconduction systématique des mêmes logiques de gabegie et d’irresponsabilité budgétaire.

Face aux critiques croissantes, l’argument avancé par le Président de la République lors que l’émission « un Candidat, un projet », celui d’un simple « ballon d’essai », achève de scandaliser l’opinion.  Le « ballon d’essai » évoqué par le Président dans le contexte de crise actuel, une expression qui aurait pu être une métaphore d’expérimentation, sonne ici comme une dérision cynique. Car un « ballon d’essai » à 63 milliards de francs CFA, dans un pays où la pauvreté et le chômage sont des réalités criantes, c’est un luxe que les Gabonais ne peuvent se permettre à l’heure ou le Gabon est en quête de fonds pour régler ses soucis structurels. 

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Dis autrement, peut-on sérieusement qualifier de « ballon d’essai » une opération de 63 milliards de francs CFA dans un pays où près de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté ? Cette justification apparaît d’autant plus indécente que le Gabon est aujourd’hui confronté à un endettement préoccupant , une crise sociale aiguë et se voit contraint de solliciter l’appui du Fonds monétaire international et un prêt à la Banque Mondiale. La rigueur budgétaire promise semble se dissoudre dès qu’il s’agit de rendre des comptes sur des fonds publics déjà engloutis.

Selon une lecture de plus en plus partagée, le silence entourant ces 63 milliards s’expliquerait par la protection de nouveaux réseaux et d’alliances politiques nés avec le régime actuel. L’omerta ne serait pas accidentelle, mais stratégique. Dans ces conditions, l’idée même d’un ballon d’essai relève de la fiction politique : aucune expérimentation ne saurait justifier la disparition pure et simple de ressources publiques aussi importantes, dans un pays confronté à des carences structurelles criantes.

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Plus grave encore, la justice reste étrangement absente du dossier. Aucune enquête sérieuse n’a été ouverte pour déterminer la destination de ces fonds, aucune procédure judiciaire n’a été engagée, aucun gestionnaire n’a été inquiété. Cette inertie alimente le sentiment que l’impunité, loin d’avoir été éradiquée avec la fin du régime d’Ali Bongo Ondimba, s’est simplement recomposée. Ainsi, la Ve République, présentée comme un renouveau politique, semble déjà marquée par les mêmes dérives budgétivores, au risque de transformer l’espoir né du 30 août 2023 en une profonde désillusion nationale.

En définitive, l’affaire des 63 milliards de francs CFA attribués aux neuf provinces ne peut être balayée d’un revers de main par l’argument léger et méprisant du « ballon d’essai ». À défaut de résultats visibles, de rapports publics et de responsabilités clairement établies, le doute devient légitime et l’exigence d’une enquête indépendante s’impose. Sans vérité ni sanction, la promesse de rupture portée par le 30 août 2023 risque de se révéler être une illusion de plus, nourrissant la défiance citoyenne et enfonçant davantage le pays dans une crise morale, politique et institutionnelle dont il peine déjà à se relever.

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