
Libreville, le 29 janvier 2026-(Dépêches 241). La scène politique gabonaise connaît un regain d’animation depuis l’arrivée au pouvoir de Brice Clotaire Oligui Nguema. Longtemps accusée d’indigence programmatique sous le régime déchu d’Ali Bongo Ondimba, l’opposition tente désormais de se repositionner comme force de proposition. Parmi ses membres, l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze, devenu figure centrale de la contestation politique, multiplie les prises de parole et les initiatives à la fois pour peser sur le débat national, mais également pour proposer des pistes de solutions pouvant permettre de résorber les problèmes auxquels le Gabon fait face aujourd’hui.
Au lendemain du coup d’État du 30 août 2023, Bilie-By-Nze avait proposé la mise en place d’une commission Vérité, Justice, Réparation et Réconciliation. Une initiative qui visait déjà à rompre avec les pratiques du passé et à ouvrir un cycle de refondation politique. Aujourd’hui, le président d’Ensemble pour le Gabon (EPG) dresse un constat sévère de l’évolution politique, économique et sociale du pays, qu’il juge alarmante, voire désastreuse, sous le régime de post-transition comme avant lui.
Dans un discours au ton direct, fidèle à son style, prononcé à l’occasion de sa présentation de vœux à la presse locale et renouvelé lors de son passage sur la la radio Urban FM il y a quelques jours, l’ancien ministre de la Communication estime que le Gabon s’enfonce dans une impasse structurelle faite de mauvaise gouvernance, de blocages institutionnels et d’aveuglement stratégique. Pour lui, la Transition n’a pas encore produit la rupture annoncée et se contente, à bien des égards, de recycler un mode de gestion de l’État usé et inefficace. Ce qu’il qualifie de « bricolage ».
Face à ce qu’il qualifie de crise multidimensionnelle, Alain-Claude Bilie-By-Nze propose la convocation des « États généraux de la Nation ». Il en appelle directement au Président de la République, Chef de l’État, Chef du Gouvernement, Brice Clotaire Oligui Nguema, afin d’engager un vaste cadre de concertation nationale susceptible de redonner un souffle au pays, enlisé depuis plusieurs décennies dans les mêmes errements.
Selon l’opposant, ces états généraux devraient permettre à l’ensemble de la nation de se parler sans faux-semblants, d’établir un diagnostic rigoureux de l’état véritable du pays et d’envisager des solutions structurelles idoines. À ce titre, le natif de Ntang Louli, dans la province de l’Ogooué-Ivindo plaide pour une remise en cause du modèle étatique actuel hérité de la colonisation, conçu davantage pour l’administration du territoire au profit de la métropole que pour le développement réel et endogène du Gabon.
Dans cette logique, Bilie-By-Nze estime que l’État ne peut plus se limiter à des fonctions régaliennes minimales, portées par une administration jugée obsolète. Dans ces conditions, ces états généraux de la nation devraient, selon lui, permettre d’évaluer chaque secteur, dont la sécurité, l’éducation, l’économie, l’administration, la culture et les institutions, à l’aune de leur efficacité, de leur impact social et économique, et de redéfinir le rôle que l’État devrait désormais jouer dans un contexte de mondialisation et de fortes attentes sociales.
Cette proposition intervient dans un climat social particulièrement tendu. La grève générale des enseignants, engagée depuis plusieurs semaines, illustre le malaise profond qui traverse le pays. À cela s’ajoutent des préavis de grève dans le secteur pétrolier, pilier de l’économie nationale. Une paralysie de ce secteur serait lourde de conséquences, d’autant plus que le Gabon semble contraint de solliciter l’appui du Fonds Monétaire International, signe manifeste de vulnérabilité économique.
L’appel d’Alain-Claude Bilie-By-Nze aux états généraux de la Nation sonne comme un avertissement politique autant qu’une proposition de rupture. Reste à savoir si le pouvoir saura dépasser la logique de contrôle et de gestion à court terme pour ouvrir un véritable espace de refondation collective. À défaut, le risque est grand de voir s’enraciner une crise sociale et politique dont le pays peine déjà à mesurer l’ampleur.







