
Libreville, 7 août 2026-(Dépêches 241). La nouvelle loi sur les Partis politiques au Gabon impose désormais à chaque écurie de s’enregistrer auprès du ministère de l’Intérieur en justifiant d’un minimum de 10 000 adhérents, avec une copie du Numéro d’Identification Personnelle (NIP) de chaque militant. Une exigence qui devrait, selon toute vraisemblance, empêcher qu’un même individu soit membre de plusieurs partis politiques à la fois, tout en mettant un terme à la prolifération des formations politiques, dont certaines n’existaient que sur le papier. Cependant, depuis la fin de l’opération de régularisation, dont la date limite était fixée au 27 juin dernier, un silence remarqué semble s’être installé au sein du Ministère de l’Intérieur, qui n’a toujours pas rendu publique la liste définitive des partis s’étant conformés aux nouvelles exigences légales.
Plus d’un mois s’est déjà écoulé depuis que de nombreux Gabonais, détenteurs ou se réclamant de la présidence d’une formation politique, ont mobilisé des moyens humains, matériels et financiers afin de satisfaire aux exigences de la nouvelle loi sur les partis politiques. Celle-ci prévoit désormais que, pour être reconnu comme parti politique en République gabonaise, il faut remplir plusieurs critères essentiels, dont l’un des principaux est de justifier de 10 000 adhérents, contre 3 000 dans l’ancienne législation.
Cette disposition a suscité de vives réactions au sein de la classe politique. Si certains la jugent excessive, d’autres ont néanmoins entrepris les démarches nécessaires pour s’y conformer. Mais près de deux mois après le dépôt des dossiers, le silence demeure total. Plus le temps passe, plus l’opinion publique s’interroge quant aux raisons de ce mutisme observé par les autorités compétentes.
Ce silence est d’autant plus surprenant que les pouvoirs publics semblaient déterminés à appliquer rapidement cette réforme et manifestaient une volonté ferme d’arrimer l’ensemble des partis politiques gabonais au nouveau cadre juridique. Il paraît donc paradoxal que ceux qui souhaitaient accélérer le processus soient aujourd’hui les mêmes qui semblent en retarder l’aboutissement. Dans ces conditions, la situation antérieure perdure et le foisonnement des partis qui caractérise le paysage politique gabonais reste, à ce stade, inchangé.
Cette attente prolongée nourrit également les spéculations. Faute de communication officielle, les interrogations se multiplient sur les critères effectivement retenus pour l’examen des dossiers, sur l’état d’avancement de leur traitement ou encore sur la date de publication de la liste définitive des partis autorisés à poursuivre leurs activités. Un manque de visibilité qui entretient une incertitude préjudiciable tant pour les responsables politiques que pour leurs militants.
À cela s’ajoute un enjeu institutionnel majeur. La réforme des partis politiques constitue l’un des chantiers les plus importants de la refondation du système politique gabonais. À ce titre, sa mise en œuvre ne peut souffrir d’ambiguïtés. La transparence du processus, le respect des délais raisonnables et une communication régulière des autorités sont autant d’éléments susceptibles de renforcer la crédibilité de cette réforme et la confiance des acteurs politiques dans son application.
Le Ministère de l’Intérieur, à qui incombe la responsabilité de statuer définitivement sur cette situation et de mettre un terme aux spéculations, a tout intérêt à communiquer. Cela permettrait de fixer l’ensemble des acteurs concernés, qu’il s’agisse des partis ayant officiellement déposé un dossier complet conformément aux textes ou de ceux qui, malgré leur ancienneté et leur contribution historique à l’avènement du multipartisme au Gabon, pourraient voir leur existence juridique remise en cause.
En définitive, la réforme des partis politiques ne pourra pleinement atteindre ses objectifs que si elle s’accompagne d’une communication claire, transparente et prévisible. À défaut, le silence actuel risque d’alimenter les doutes, de fragiliser la confiance des acteurs politiques et d’entretenir les incertitudes autour d’un processus pourtant présenté comme essentiel à la restructuration de la vie politique gabonaise.







