
Libreville, le 29 Juin 2026 – (Dépêches 241). Le 6 février 2026, dans les salons du palais Qasr Al Watan d’Abu Dhabi, Brice Clotaire Oligui Nguema et Son Altesse Sheikh Mohamed bin Zayed Al Nahyan ont scellé ce qui constitue le premier grand accord commercial bilatéral du Gabon depuis le changement de régime d’août 2023. Le Comprehensive Economic Partnership Agreement, CEPA dans le jargon diplomatique, crée une zone de libre-échange entre Libreville et Abu Dhabi, avec pour piliers le démantèlement des barrières tarifaires, le transfert de technologies, la facilitation douanière et un cadre dédié aux petites et moyennes entreprises. Quatre mois plus tard, le Conseil des ministres du 25 juin 2026 a soumis le projet de loi de ratification au Parlement.
Ce qui frappe dans cet accord, c’est d’abord la célérité du processus. De la signature à Abu Dhabi en février à la ratification parlementaire en cours en juin, le Gabon a bouclé le cycle diplomatique en moins de cinq mois, un rythme que peu de pays africains auraient tenu sur un accord de cette complexité. Cette célérité dit quelque chose sur l’état d’esprit des autorités actuelles face à la diplomatie économique : le temps des grands discours sans suite est révolu, la séquence signature-ratification-mise en œuvre est désormais traitée comme un projet avec un calendrier. Les Émirats, eux, savent reconnaître un interlocuteur sérieux. La dynamique commerciale bilatérale le confirme : les échanges non pétroliers entre les deux pays avaient déjà atteint 320,7 millions de dollars en 2025, plus du double du niveau de 2021 et cela avant même l’entrée en vigueur du CEPA.
Le choix des Émirats Arabes Unis comme partenaire commercial prioritaire n’est pas le fruit du hasard. Abu Dhabi est l’un des hubs logistiques, financiers et technologiques les plus puissants de la planète, avec des fonds souverains parmi les mieux dotés au monde et une stratégie de déploiement de capitaux en Afrique subsaharienne de plus en plus affirmée. Plusieurs secteurs prioritaires ont été identifiés dans le cadre du CEPA et des mémorandums parallèles : mines et énergie, logistique, économie numérique, investissements industriels et valorisation des ressources naturelles. Dans le secteur minier, un accord a déjà été signé avec la société ADMOG GOLD pour l’exploration aurifère.
Les Émirats ont, depuis 2021, multiplié les CEPA à travers le monde, Inde, Turquie, Indonésie, Jordanie, Serbie. Leur logique est claire : positionner Abu Dhabi comme hub incontournable des échanges mondiaux en créant un réseau dense d’accords préférentiels. Pour leurs partenaires africains, la question est celle de la symétrie réelle de ces accords. Les EAU sont structurellement un pays réexportateur, les réexportations représentent plus de 60 % de leurs exportations hors hydrocarbures, ce qui signifie que sans règles d’origine robustes, le CEPA peut devenir une porte d’entrée pour des produits tiers à des tarifs préférentiels que les producteurs gabonais ne pourront pas concurrencer. C’est le détail technique que les parlementaires gabonais devront examiner avec soin lors de la ratification.
Le CEPA Abu Dhabi-Libreville est bien plus qu’un accord commercial. C’est le signal que le Gabon de la Vème République est ouvert aux affaires, capable de négocier en égal avec des puissances économiques de premier rang et déterminé à diversifier ses partenariats au-delà des cercles traditionnels. Pour Oligui Nguema, qui a fait de la diplomatie économique l’un des axes centraux de sa politique étrangère, cet accord est un trophée concret, le premier d’une série que le PNCD 2026-2030 appelle de ses vœux. Pour les opérateurs gabonais, c’est une porte qui s’ouvre sur un marché de 10 millions de consommateurs parmi les plus riches du monde.







