Gabon: Andjoua n’est pas une exception, la nébuleuse des avoirs cachés et les alertes répétées le confirment

Andjoua Bongo Ondimba est-il le seul à la tête d’une nébuleuse de circuits financiers opaques et de sociétés écrans ? ©Dépêches 241

Libreville, le 27 Juin 2026 – (Dépêches 241). Huit demi-frères et sœurs mis en examen en France dans le dossier des biens mal acquis. Une mère sous information judiciaire pour blanchiment aggravé depuis 2014. Un compagnon de la mère rattrapé par un montage de cession fictive de SCI. Et lui-même visé au Luxembourg pour faux, blanchiment et fraude fiscale aggravée. Fabrice Andjoua n’est pas un cas isolé dans la cartographie des avoirs extérieurs de l’élite gabonaise, il en est, selon OpenLux, l’un des exemples les mieux documentés à ce jour. Mais les signaux d’alerte, eux, existaient bien avant le 24 juin 2026.

Le FMI, dans ses rapports annuels sur le Gabon, a régulièrement pointé les insuffisances du dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, le cadre LBC/FT. L’évaluation mutuelle du GABAC, organisme spécialisé de la CEMAC, avait déjà, lors de sa dernière revue publiée, relevé des lacunes structurelles dans la supervision des professions non financières désignées et dans la déclaration des bénéficiaires effectifs des personnes morales. Le Groupe d’action financière (GAFI) classe par ailleurs régulièrement plusieurs pays de la sous-région dans ses niveaux de surveillance renforcée. Ces alertes ne visaient pas Andjoua nommément, elles décrivaient exactement le terreau dans lequel une telle nébuleuse peut prospérer.

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La récurrence est le vrai sujet. Depuis l’affaire des biens mal acquis, instruite en France à partir d’une plainte déposée en 2008 par Sherpa, Transparency International et Survie, les révélations sur les avoirs extérieurs de l’élite gabonaise se sont succédé sans interruption : Dubai Unlocked en 2024, OpenLux en 2026, et entre les deux, des saisies atteignant 100 milliards de FCFA opérées en France. À chaque fois, l’information vient de l’extérieur, registres européens, bases de données émiraties, archives portuaires belges. À chaque fois, les institutions gabonaises figurent en bout de chaîne, comme destinataires passifs d’un travail que leurs propres mécanismes auraient dû produire.

Ce qu’Andjoua incarne, c’est moins une transgression individuelle qu’un modèle systémique. Celui d’un haut fonctionnaire placé aux commandes d’un département stratégique, le Budget et disposant d’une connaissance intime des flux financiers publics, des calendriers de décaissement, des opérateurs en position contractuelle avec l’État. Un profil qui, dans d’autres juridictions, déclencherait des obligations de déclaration de patrimoine contraignantes, des vérifications croisées automatiques, et une surveillance renforcée des mouvements de capitaux vers les places à fiscalité avantageuse. Au Gabon, aucun de ces garde-fous n’a fonctionné.

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Les agences de notation et les partenaires multilatéraux continuent d’intégrer le risque de gouvernance dans leurs évaluations du Gabon. La capacité des autorités actuelles à s’approprier le dossier OpenLux, en sollicitant formellement l’entraide judiciaire avec le Luxembourg, en réactivant les procédures de saisie d’avoirs, en exigeant une déclaration transparente des bénéficiaires effectifs de Delta Synergie — sera lue comme un test de cohérence. Pas un de plus. Le dernier que la communauté des investisseurs est encore prête à observer avant de tirer ses propres conclusions. 

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