
Libreville, le 25 Juin 2026 – (Dépêches 241). 43 appartements à Dubaï. 8,6 milliards de francs CFA. Et un salaire officiel qui ne dépasse pas 1,1 million de FCFA par mois. Ce sont les chiffres que l’OCCRP et Le Monde posent, ce 24 juin 2026 sur la table du projet OpenLux, avec pour sujet Fabrice Albert Andjoua Ondimba Bongo, fils d’Omar Bongo et de l’ex-présidente de la Cour constitutionnelle Marie-Madeleine Mborantsuo.
Selon l’enquête, toutes les acquisitions auraient été réalisées entre 2020 et 2023, précisément la période où M. Andjoua dirigeait la Direction Générale du Budget et des Finances Publiques du Gabon. Vingt-huit des 43 biens se concentrent dans une même tour du quartier de Meydan. Une dizaine seraient encore en sa possession à ce jour, le reste ayant été revendu. Le total investi avoisine 15 millions de dollars, soit environ 8,6 milliards de FCFA, une fortune constituée pendant qu’il signait, de son bureau de Libreville, les arbitrages budgétaires de l’État.
Les journalistes de l’OCCRP citent un décret de 2015 fixant la grille salariale des hauts fonctionnaires gabonais : le salaire le plus élevé, pour un agent de trente ans d’ancienneté, plafonne à l’équivalent d’environ 1 900 dollars mensuels, soit un peu plus d’un million de FCFA. La confrontation arithmétique est sans appel. Selon les mêmes sources, une instruction judiciaire aurait été ouverte en mai 2026 au Luxembourg, visant M. Andjoua et un associé pour faux, blanchiment, fraude fiscale aggravée et inscriptions inexactes au registre des bénéficiaires effectifs. L’intéressé n’a pas répondu aux sollicitations des enquêteurs.
Fabrice Andjoua n’en est pas à sa première sortie du radar institutionnel. En septembre 2025, il avait été démis de ses fonctions à la tête de la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes, un poste qui lui avait été confié malgré des signalements sur une gestion à distance depuis Dubaï. Le contexte familial est également chargé : en France, huit demi-frères et sœurs figurent parmi les mis en examen dans le dossier des « biens mal acquis » ; le Parquet national financier instruit par ailleurs depuis 2014 une procédure visant Mme Mborantsuo pour blanchiment aggravé. M. Andjoua n’est toutefois mis en cause dans aucune de ces deux affaires françaises, précise le PNF.
La vraie question que pose OpenLux n’est pas seulement personnelle. Elle est institutionnelle. Comment un directeur général du Budget a-t-il pu bâtir, sur quatre ans, un portefeuille immobilier colossal à l’étranger, sans que ni l’Inspection générale d’État, ni la Cour des Comptes, ni aucun mécanisme de déclaration de patrimoine n’en soit alerté ? Les autorités actuelles, qui ont fait de la moralisation de la vie publique un axe central de leur discours, ont désormais la main. Le dossier est ouvert. La suite dira si les leviers de l’entraide judiciaire internationale seront actionnés, ou si cette affaire rejoindra l’épais tiroir des révélations sans lendemain.







