
Libreville, 26 Juin 2026 – (Dépêches 241). Un SUV Brabus à 230 millions de FCFA expédié d’Anvers. Une firme de location de Ferrari et Lamborghini à Las Vegas. Des sociétés en Belgique, au Luxembourg, en Afrique du Sud. Et, pendant ce temps, 10% du capital de BGFIBank, principal groupe bancaire du Gabon et de la zone CEMAC, détenus par Delta Synergie, une entité dont les liens avec la galaxie Bongo-Mborantsuo n’ont jamais été publiquement élucidés. L’enquête OpenLux publiée par l’OCCRP et Le Monde le 24 juin 2026 ne se limite pas à 43 appartements à Dubaï : elle révèle un réseau tentaculaire bâti sur quatre continents, pendant que Fabrice Albert Andjoua Ondimba Bongo signait les arbitrages budgétaires de l’État gabonais.
Le schéma est celui d’une diversification méthodique. Au Luxembourg, deux sociétés civiles, Epila SCI et Autoword SC, structurent la détention de biens immobiliers et de véhicules. En France, la SCI Nouo, co-créée avec sa mère Marie-Madeleine Mborantsuo dès 2000, abrite une propriété de standing à Bougival, dans les Yvelines. En Belgique, une société d’import-export de voitures et de vente immobilière, sans états financiers déposés, ouvre puis ferme discrètement entre 2023 et 2024. Aux États-Unis, More4LessExotics propose à Miami et New York des supercars à plus d’un million de FCFA la journée. Chaque structure est légalement distincte. L’ensemble forme un réseau cohérent d’optimisation et de dissimulation patrimoniale.
C’est dans ce contexte que la présence de Delta Synergie au capital de BGFIBank mérite d’être posée à nouveau. Avec près de 10% du capital du groupe, cette entité figure parmi les actionnaires significatifs d’une banque dont l’État gabonais est également actionnaire, et dont l’introduction en Bourse sur la BVMAC est en cours.
Les liens entre Delta Synergie et la sphère Bongo-Mborantsuo ont été documentés par plusieurs enquêtes, sans jamais faire l’objet d’une réponse institutionnelle claire de Libreville. Or, dans un contexte où BGFIBank s’ouvre aux marchés financiers régionaux et sollicite la confiance d’investisseurs extérieurs, la question de la traçabilité de ses actionnaires devient une exigence de transparence, pas un détail.
L’entourage immédiat d’Andjoua densifie encore le tableau. Sa mère, Mborantsuo, détient plus de 3 millions de dollars de biens à Dubaï, soit environ 1,7 milliard de FCFA. Lin Mombo, son compagnon et ancien patron de l’ARCEP pendant plus d’une décennie, y détenait appartement et villa en 2023, tout en ayant acquis en France, via des sociétés domiciliées à Bougival, plus d’un million d’euros de biens entre 2014 et 2015. Un litige commercial de 2023 a révélé une tentative de mise à l’abri de ces actifs français par cession de parts à un conseiller officieux pour 2 000 euros, manœuvre qualifiée de protection d’avoirs par le tribunal saisi.
La question que pose cette cartographie n’est pas rhétorique. Elle est structurelle. Comment un directeur général du Budget, rémunéré selon un barème plafonné à 1,1 million de FCFA par mois, a-t-il pu constituer un réseau patrimonial actif sur six pays, sans que ni le fisc gabonais, ni aucune autorité de contrôle interne n’en soit informée ? Et comment une participation aussi visible que celle de Delta Synergie dans BGFIBank peut-elle continuer de figurer dans les prospectus d’une banque qui ambitionne une cotation régionale, sans que son périmètre de bénéficiaires effectifs ne soit formellement établi et publié ? Poser ces questions, c’est presque déjà y répondre.







