
Libreville, le 1er Juillet 2026 – (Dépêches 241). Un mur de soutènement de neuf mètres de hauteur. C’est l’objet du marché que la Direction Générale du Budget et des Finances Publiques a attribué à la société COREMAT en entente directe, pour un montant de 669 849 661 FCFA, approuvé le 4 décembre 2024 sur le Budget 2024. Près de 670 millions de francs CFA pour un ouvrage de maçonnerie, même de génie civil, dans une ville où les coûts de construction sont certes élevés, mais où des entreprises du BTP nombreuses et compétentes auraient pu répondre à un appel d’offres ouvert.
Le prix unitaire interpelle. Un mur de soutènement de neuf mètres de hauteur est un ouvrage technique qui requiert une ingénierie sérieuse, fondations profondes, drainage, armatures métalliques, béton armé. Le coût au mètre linéaire dépend évidemment de la longueur totale de l’ouvrage, information que le marché tel que publié ne précise pas. C’est précisément ce silence sur les métrés et les quantités qui rend impossible toute vérification indépendante du prix pratiqué. Une opacité qui, dans le cadre d’une entente directe, ne peut qu’alimenter les interrogations.
COREMAT est une entreprise du secteur BTP présente sur le marché gabonais. Son attribution à 669 millions FCFA en gré à gré sur un marché de travaux, catégorie pour laquelle la mise en concurrence est pourtant la règle, pose la question des critères de sélection. Quelles références techniques a-t-elle présentées ? Quel était le devis estimatif de la maîtrise d’ouvrage avant négociation ? Y a-t-il eu une contre-expertise du prix proposé ? Aucun de ces éléments n’est accessible au public.
Un mur à plus d’un demi-milliard : une ambiguïté persistante
Au-delà des considérations techniques, l’intitulé même du marché interpelle. Dans l’imaginaire collectif comme dans les standards habituels de la commande publique, un mur de soutènement demeure un ouvrage relativement courant du génie civil. Lorsqu’un tel ouvrage mobilise plus de 650 millions FCFA de fonds publics, sans que ne soient rendus publics sa longueur, ses caractéristiques détaillées ou les études ayant conduit à son chiffrage, une ambiguïté s’installe inévitablement.
S’agit-il d’un simple mur de soutènement ou d’un projet d’aménagement beaucoup plus vaste dont les composantes n’apparaissent pas clairement dans la présentation du marché ? En l’absence de précisions, le montant annoncé apparaît disproportionné aux yeux de nombreux observateurs et alimente le sentiment d’un décalage entre l’objet affiché du marché et l’importance des ressources publiques engagées.
Une série de marchés attribués en gré à gré
Il convient toutefois de préciser que ce marché ne semble pas être le premier du genre. En 2024, la DGBFIP a également attribué en entente directe un marché de cloisons et de portes à 464 millions FCFA, un marché de véhicules à près de 4 milliards FCFA, et une assurance maladie à 907 millions FCFA. Le mur de soutènement à 669 millions FCFA s’ajoute à ce tableau pour dessiner le portrait d’une direction qui, paradoxalement chargée de la rigueur budgétaire de l’État, applique à ses propres dépenses des procédures que le code des marchés publics réserve aux situations d’exception.
À neuf mètres de hauteur, le mur de la Direction Générale du Budget et des Finances Publiques (DGBFIP) sera probablement visible de loin. Ce qui l’est moins, c’est la justification de son coût et les conditions dans lesquelles COREMAT a été désignée pour le bâtir. La Direction Générale des Marchés Publics (DGMP), qui a visé le marché, et le ministère des Comptes Publics, qui en est l’autorité de tutelle, peuvent très certainement apporter des éclaircissements.







