
Libreville, 30 juillet 2026-(Dépêches 241). La problématique foncière continue de faire des victimes au Gabon. Cette fois, c’est la société OLAM qui est accusée par les populations réunies au sein du collectif YT5 de tenter de les déposséder de leurs terrains situés derrière le stade de l’Amitié sino-gabonaise, à Angondjé, sur la même section cadastrale où a été érigé le Prytanée militaire d’Akanda.
Selon les riverains, la société aurait entrepris de détruire des clôtures et des aménagements réalisés sur leurs parcelles, au motif que celles-ci feraient partie de son titre foncier. Or, d’après les informations recueillies, le litige porterait sur une extension contestée du titre foncier d’OLAM, que les populations jugent illégale. La société se retrancherait derrière le principe de l’inattaquabilité du titre foncier en République gabonaise pour justifier son action. Une situation qui soulève de nombreuses interrogations quant au contrôle exercé par les autorités sur les titres fonciers et sur les dérives qui peuvent en découler.
Il ne se passe désormais presque plus un mois sans qu’un nouveau conflit foncier n’éclate dans le pays. Les habitants et propriétaires de parcelles situées derrière le stade de l’Amitié, à Angondjé, sur le même plan cadastral que le nouveau lycée du CTRI, disent aujourd’hui en faire les frais.
Selon les membres du collectif YT5, OLAM, par l’intermédiaire de sa filiale GSEZ, chercherait à s’approprier leurs terrains par une manœuvre qu’ils qualifient de frauduleuse. Si la société est effectivement titulaire d’un titre foncier couvrant la section YQ1, les plaignants soutiennent qu’elle tenterait d’étendre ses droits jusqu’à la section YT5, laquelle ne ferait pas partie des limites de son domaine, comme l’aurait déjà relevé la juridiction saisie du dossier.
Les populations affirment avoir porté l’affaire devant les tribunaux. Selon elles, la justice aurait estimé que l’extension revendiquée par OLAM soulève de sérieuses contestations et aurait ordonné une contre-expertise destinée à déterminer avec précision les limites du titre foncier de la société. Contestant cette décision, OLAM aurait interjeté appel afin d’obtenir son annulation.
Cependant, alors que le délibéré est attendu pour le 12 août prochain, les plaignants affirment que la société aurait autorisé des bénéficiaires de parcelles attribuées par ses soins ( qui ne sont rien d’autre que ses employés) à poursuivre les travaux sur le site, sans attendre l’issue de la procédure judiciaire. Une attitude qui, selon eux, interroge sur le respect des décisions de justice et de l’État de droit par certaines grandes entreprises opérant au Gabon.
Les membres du collectif dénoncent également ce qu’ils considèrent comme un traitement inégal. Ils affirment que, sur cette même section revendiquée par OLAM, certaines personnes auraient conservé leurs parcelles après les avoir rachetées auprès de la société, tandis que d’autres n’auraient jamais été inquiétées, au motif qu’elles seraient proches de certaines sphères du pouvoir. À l’inverse, plusieurs familles auraient vu leurs clôtures et leurs installations détruites sans indemnisation ni concertation préalable.
Cette différence de traitement nourrit de nombreuses doutes quant à la légalité de cette procédure. Si OLAM estime être pleinement propriétaire de l’ensemble de cette zone, comment expliquer que certaines occupations soient tolérées tandis que d’autres soient systématiquement remises en cause ? Cette situation alimente le sentiment d’injustice exprimé par les populations concernées.
Dans le souci de recouper l’information, la rédaction de Dépêches 241 à contacté par telephone la chargée de communication de la société OLAM. Cette dernière, au regard de la situation de crise qui prévaut actuellement sur le site querellé, a fait savoir que ce conflit n’avait rien à avoir avec OLAM, mais bien avec GSEZ. Or, c’est une version qui semble ne pas tenir, dans la mesure où GSEZ, n’est qu’une filiale du groupe OLAM Palm SA. Autrement dit, tout ce qui concerne la société GSEZ, concerne également la société mère OLAM Palm. Pour ne rien arranger, la même chargée de communication s’est engagée à nous mettre en contact avec le département communication de GSEZ. Après nous avoir transféré un contact et au terme de plusieurs appels, le personne supposée répondre à ce numéro n’a jamais décroché.
Au-delà de ce dossier, cette nouvelle affaire remet une fois de plus en lumière les insuffisances de la gouvernance foncière au Gabon. Entre chevauchements de titres, contestations judiciaires et accusations de passe-droits, la question foncière demeure une source permanente de tensions sociales. Les populations du collectif YT5 appellent désormais les autorités, au premier rang desquelles le président de la République, à garantir le respect des décisions de justice, à faire toute la lumière sur ce dossier et à engager des réformes susceptibles de mettre un terme aux conflits fonciers qui se multiplient à travers le pays.







