Casses et déguerpissements dans les 1er et 6ème arrondissements de Libreville: de nombreuses familles bientôt sans abri à l’orée de la rentrée scolaire ?

Une partie des populations des 1er et 6ème arrondissements de Libreville bientôt déguerpies pour un nouveau projet d’aménagement urbain ?© Dépêches 241

Libreville, le 24 août 2026-(Dépêches 241). Depuis un peu plus d’un an, les populations du Grand Libreville assistent impuissantes, mais indignées, à la destruction brutale de leurs quartiers, à la démolition de leurs habitations et à l’anéantissement des efforts de toute une vie pour de nombreuses familles, le tout, au nom de l’aménagement urbain. Suivant une note du Gouverneur de l’Estuaire, Marie Françoise Dikoumba, les populations du Carrefour Nzeng-Ayong, Ondogo, Diba-Diba, Charbonnages et Lac-Bleu devraient bientôt connaître des déguerpissements de la même nature. Une situation particulièrement angoissante pour les parents et leurs enfants, à quelques jours de la prochaine rentrée scolaire.

L’opinion a encore à l’esprit les déguerpissements d’une rare brutalité subis au mois de juin 2025 par les populations de Plaine-Orety, Derrière l’Assemblée nationale, derrière les ambassades de Chine, du Liban et de Russie. Des opérations de casses menées sans préavis humain raisonnable, sans dialogue et surtout sans la moindre mesure d’accompagnement avaient été menées dans ces zones, toute chose qui avait précité plusieurs familles dans la rue, sans repères.

« Dans le cadre de l’aménagement par le Gouvernement, des voies de desserte destinées au désengorgement et à la fluidification de la circulation routière, dans le commune de Libreville, il est porté à l’attention du plus grand nombre l’imminence du démarrage des travaux d’aménagement d’une infrastructure routière », indique d’abord le communiqué du gouvernorat.

Le même courrier rappelle que « lesdits travaux visent notamment à identifier les constructions érigées sur un linéaire de 80 kilomètres de large à partir du mur externe de l’enceinte de la Cité de la Démocratie (…) à cet effet, un vaste programme de libération dudit linéaire va démarrer visant au déguerpissement de toute construction déjà érigée et va impacter certains quartiers des 1er et 6ème arrondissement de Libreville », avise la note signée de Marie Françoise Dikoumba.

Une atteinte grave à la dignité humaine

Comment un État, censé protéger ses citoyens, peut-il les jeter dans la rue du jour au lendemain au nom d’un aménagement urbain ? C’est la grande interrogation désormais présente dans toutes les bouches des Gabonais, au regard de la violence sociale exercée par les politiques publiques sur les populations ces derniers temps.

La Cinquième République devrait, avant toute action de casse, intégrer que derrière chaque mur effondré sous le choc des engins, il y a des familles traumatisées, des enfants dont la scolarité pourrait être brisée, des personnes âgées qui pourraient se retrouver sans abri et des travailleurs privés de leur seul refuge, parfois bâti au prix des sacrifices.

Des opérations de casse souvent menées sans mesures d’accompagnement

Les casses initiées depuis bientôt une année par les nouvelles autorités semblent briller surtout par une constance: les populations sont souvent déguerpies sans être recasées, leurs habitations détruites sans parfois être indemnisées et expulsées avec brutalité, sans être relogées. Cela ne relève plus de l’aménagement urbain, mais du mépris social et humain.

L’embellissement de la cité ne devrait jamais se faire au prix de la détresse de ses habitants

Si les populations ne s’opposent pas à la modernisation des villes et des territoires enclavés, ni au respect des normes urbanistiques, elles refusent cependant que le progrès ne puisse se bâtir sur les ruines de la justice sociale, car le véritable développement repose essentiellement sur le dialogue, la planification et le respect de la vie humaine, d’autant plus que le droit à un toit digne est un principe fondamental que l’État a l’obligation d’assurer et de respecter, vis-à-vis de ses citoyens.

Les victimes de ces opérations de casses, qui multiplient les sorties médiatiques, ne souhaitent pas s’opposer aux projets gouvernementaux, elles réclament simplement l’arrêt de toutes les démolitions menées sans garanties sociales, sans plan de relogement d’urgence et de dédommagement équitable des victimes de ces expulsions brutales.

Pour les personnes touchées par ces déguerpissements, l’ouverture d’un dialogue constructif entre les autorités et les populations pour élaborer des solutions d’aménagement urbain concertées et respectueuses des droits de chacun reste désormais la voie raisonnable pour sortir de cette crise, car on ne bâtit pas l’avenir d’un pays en piétinant son peuple.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*