Boulevard de la Transition : le chantier inachevé passé inexplicablement de 8 à 16 milliards

Les travaux du chantier du boulevard de la transition démarrés depuis la période de la transition, mais toujours inachevés.

Libreville, le 24 août 2026-(Dépêches 241) S’il est vrai que le régime d’Ali Bongo Ondimba était connu pour son appétence pour les éléphants blancs, la Vème République semble s’inscrire dans un autre registre : celui d’offrir toujours plus d’argent à des chantiers qui n’avancent pas. Pour preuve, le Boulevard de la Transition, dont les travaux ont débuté durant la Transition et dont le coût était initialement arrêté à huit milliards de francs CFA, serait passé à seize milliards de francs CFA, sans la moindre explication selon nos confrères de Gabon Review . Une situation qui en dit long sur la gestion actuelle des deniers publics, alors que le pays connaît des problèmes de trésorerie.

Au lendemain du 30 août, qui a définitivement mis fin au régime moribond d’Ali Bongo et de ses acolytes, les nouvelles autorités ont annoncé en grande pompe la construction d’un boulevard dit de la Transition. La construction de ce boulevard a notamment été l’une des explications données par les autorités pour justifier les casses qui ont conduit au déguerpissement de populations de Plaine-Orety, dont certaines continuent de dormir dans la rue après avoir tout perdu lors de ces opérations.

Initialement, le projet de cette route devait coûter au contribuable gabonais environ 8 milliards de francs CFA. Près de trois ans plus tard, le chantier reste à ses balbutiements, pendant que certains entrepreneurs en charge de l’exécution des travaux auraient pris la poudre d’escampette avec le butin en poche. Comme solution, le gouvernement aurait fait passer le coût des travaux de 8 à 16 milliards de francs CFA, soit le double du montant initialement prévu.

Certes, on n’est pas encore au stade de parler d’un éléphant blanc, comme ce fut le cas pendant les 14 ans de mandat des Bongo-Valentin. Cependant, cette rallonge budgétaire interroge. D’autant que ni le plan ni le linéaire de cette voie n’ont changé. Dès lors, une question fondamentale se pose : qu’est-ce qui a motivé le gouvernement à décaisser 8 milliards de plus pour un chantier initialement estimé à 8 milliards ? Pourquoi le gouvernement ne donne-t-il aucune explication sur l’utilisation des premiers décaissements, quand on sait que le chantier, estimé initialement à 8 milliards, était à l’arrêt depuis plusieurs mois déjà ? La solution du gouvernement, pour éviter de tomber dans les éléphants blancs devenus la marque déposée du régime déchu, est-elle de doubler les montants initiaux de ses travaux ? Il n’y a que le gouvernement pour y répondre.

 Cela dit, si les autorités semblent engagées à mener jusqu’à leur terme les chantiers engagés, il va de soi que cette volonté ne doit pas occulter les tensions de trésorerie auxquelles le pays fait face. Ainsi, au lieu de décaisser davantage d’argent du contribuable à chaque fois que certains entrepreneurs véreux choisissent de fuir au lieu de faire le travail pour lequel ils sont censés être payés, l’État gagnerait à les poursuivre, quitte à émettre des mandats d’arrêt internationaux à leur encontre, de sorte qu’ils soient rattrapés par la justice où qu’ils aillent dans le monde.

Or, en faisant le choix de financer toujours plus, non seulement l’argent dépensé ne retournera pas dans les caisses, mais cela risque même d’encourager d’autres entreprises à s’inscrire dans la même logique, loin de l’exemple de bonne gouvernance que les autorités actuelles ne cessent de brandir devant qui veut l’entendre comme l’un des principes cardinaux ayant motivé leur arrivée au pouvoir. D’ailleurs, selon une certaine opinion, à travers ce nouveau déploiement financier, les autorités feraient elles-mêmes la démonstration que les démolitions qui ont été effectuées à Plaine-Orety, derrière l’ambassade de Chine ainsi que derrière celle de Russie, à coups de bulldozer, sans ménagement, l’ont été par manque de volonté politique et non en raison de l’absence de finances.

Le gouvernement et en premier lieu Edgard Moukoumbi  est donc attendu sur cette affaire. Car rien ne saurait expliquer, en toute logique, qu’un chantier qui a préalablement fait l’objet d’études de faisabilité, suivies d’évaluations financières, se retrouve à coûter le double de son prix initial. Sans prise de parole des gouvernants, ce n’est pas seulement donner du grain à moudre à leurs détracteurs, mais aussi et surtout créer un climat de suspicion lié à d’éventuels surcoûts volontaires.

Au-delà du seul cas du Boulevard de la Transition, cette affaire pose une question plus large sur la transparence et la rigueur dans la gestion des finances publiques. Si le coût du projet est effectivement passé de 8 à 16 milliards de francs CFA, les autorités doivent en expliquer les raisons, présenter les éléments financiers qui justifient cette hausse et faire toute la lumière sur l’utilisation des premiers décaissements. Dans un contexte où les ressources publiques sont contraintes, la poursuite des chantiers ne peut se faire au prix d’une absence d’explications. 

Car, la bonne gouvernance ne se mesure pas seulement à la capacité de lancer des projets, mais aussi à celle de rendre compte, publiquement et précisément, de chaque franc engagé.

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