Boulevard de la Transition : Goran, l’opérateur étranger qui aurait empoché 3 milliards avant de fuir le pays après avoir été entendu par le B2 

Selon la Présidence, l’examen technique et financier du marché initial aurait révélé de graves irrégularités, tandis qu’un opérateur étranger impliqué dans l’opération aurait quitté le Gabon sur la pointe des pieds © Dépêches 241

Libreville, le 26 août 2026 – (Dépêches 241). Sous le bitume neuf du Boulevard de la Transition, dont la reprise des travaux avait été saluée comme un signe de bonne gouvernance, se dessine un tout autre chantier : celui d’un argent public qui se serait volatilisé dans des conditions pour le moins nébuleuses. Selon des informations recueillies auprès de sources proches de la Taskforce pour le contrôle, l’audit et la vérification des participations et de la dette de l’État, l’examen technique et financier du marché aurait mis au jour de sérieuses anomalies, faisant passer son coût de 8 à 16 milliards de francs CFA. Au cœur de cette dérive, un nom : Goran, opérateur étranger qui aurait perçu quelque 3 milliards de francs CFA avant de disparaître du territoire national.

Que le coût d’un chantier d’infrastructure évolue en cours d’exécution n’a, en soi, rien d’exceptionnel. Qu’il double purement et simplement, passant de 8 à 16 milliards de francs CFA, appelle en revanche des explications que l’opinion est en droit d’exiger. Une telle envolée budgétaire, sur un marché public d’une telle envergure, ne saurait se satisfaire d’un simple ajustement technique invoqué a posteriori. Elle suppose, à tout le moins, que les organes de contrôle de l’État exercent pleinement leur mission de vérification, ce qu’aura précisément entrepris la Taskforce présidentielle, dont les conclusions dessinent aujourd’hui les contours d’un dossier éminemment sensible.

Trois milliards versés à un opérateur étranger sans la moindre garantie 

Plus troublant encore que le doublement du marché reste la modalité même du versement consenti à l’opérateur Goran. Environ 3 milliards de francs CFA lui auraient été décaissés sans qu’aucune garantie bancaire n’ait été préalablement fournie à l’État. Or la garantie bancaire n’est pas un supplément de prudence facultatif dans la commande publique, elle en est la condition élémentaire de sécurisation, celle qui protège précisément le Trésor public contre le risque, devenu ici réalité, qu’un cocontractant perçoive des fonds sans exécuter, ou sans achever, la prestation qui les justifie. 

Que cette précaution la plus élémentaire ait pu être écartée, sur une somme d’une telle importance, relève moins de la négligence administrative que d’un dysfonctionnement qu’il conviendra d’élucider dans son intégralité.

Entendu pourtant par le B2 mais déjà en fuite, cherchez l’erreur… 

L’épisode le plus saisissant de cette affaire reste cependant celui de l’audition de Sieur Goran par la Direction de la Contre-Ingérence de la Sécurité Militaire, le B2. Interrogé dans le cadre de ce dossier, l’opérateur aurait reconnu de « graves erreurs », un aveu qui, dans toute procédure rigoureuse, aurait dû s’accompagner à tout le moins d’une interdiction de sortie du territoire, dans l’attente d’un remboursement ou d’une décision de justice. Or l’homme aurait quitté le Gabon peu après cette audition, sans avoir été autrement inquiété et, semble-t-il, sans avoir restitué le moindre franc des 3 milliards perçus. 

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Cette incohérence entre la gravité de l’aveu et la légèreté apparente de ses suites constitue, à elle seule, la question centrale que ce dossier impose désormais à la justice gabonaise.

L’affaire Goran et le procureur face à ses responsabilités 

Le dossier a été transmis au procureur, à qui il revient désormais d’établir les faits, de déterminer les responsabilités et de rechercher d’éventuelles infractions. Mais au-delà du seul Goran, une question demeure suspendue, et elle est d’une particulière importance. Comment un homme entendu par les services de sécurité militaires dans une affaire portant sur plusieurs milliards de fonds publics a-t-il pu quitter le territoire national sans entrave ?

 Si des complicités, actives ou par simple négligence coupable, ont facilité cette sortie, elles devront être recherchées avec la même rigueur que celle appliquée à l’opérateur lui-même, et révélées au grand jour. 

La transparence promise par les organes de contrôle de l’État ne vaudra que si elle s’étend jusqu’à ceux qui, par leur silence ou leur passivité, auraient permis à 3 milliards de francs CFA de notre contribuable de fuir le pays en même temps que leur bénéficiaire. 

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