
Libreville, le 19 août 2026-(Dépêches 241) Depuis plusieurs mois, l’État gabonais est en discussion avec le Fonds Monétaire International (FMI) dans le but d’élaborer un programme viable en vue d’un accompagnement de l’institution financière pour une meilleure gestion des ressources publiques. Seulement, une telle démarche nécessite d’avoir une vision claire et transparente des mouvements des finances publiques. Or, malgré les annonces des autorités de lancer un audit complet de la dette publique, en juillet dernier, aucun rapport n’a été publié et les résultats de cette enquête, si elle a eu lieu, demeurent secrets jusqu’à présent. Conséquence évidente, selon l’agence de notation, le FMI rechignerait à signer un programme avec le Gabon tant qu’il n’aura pas une vision claire du niveau d’endettement réel du pays.
Dans sa note du 10 août dernier, l’agence de notation financière internationale Fitch Ratings pointe une situation inquiétante, laquelle serait à l’origine du retard dans la signature du programme entre l’État gabonais et le Fonds Monétaire International. Selon l’agence, si le programme tarde à être signé, c’est parce que l’État gabonais n’aurait pas rempli les conditions nécessaires exigées par l’institution de Bretton Woods. Cette dernière voudrait, avant tout programme avec le Gabon, voir en toute transparence le véritable niveau de la dette du pays, sans quoi aucune convention ou aucun programme viable ne serait possible.
Dans ces circonstances, les autorités gabonaises, qui semblent tenir à ce que ce programme soit conclu afin de permettre au pays d’avoir un nouveau souffle financier, ont, depuis le mois de juillet dernier, annoncé l’imminence d’un audit des finances publiques. L’objectif affiché : recouvrer tous les canaux susceptibles d’héberger une dette relevant de l’État, qu’elle soit intérieure ou extérieure. Et pourtant, depuis lors, un silence s’est installé, suscitant des inquiétudes et des interrogations légitimes. Il n’existerait, jusqu’à présent, aucun communiqué de la part du gouvernement ni aucun rapport publié pouvant expliquer de manière transparente le niveau réel de la dette du Gabon. Tout se passe comme si l’audit annoncé n’avait jamais démarré. L’enjeu est irrémédiablement de taille.
Fitch estime, à cet égard, que la dette actuelle du pays serait d’environ 81,1 % en 2025, en intégrant les 13 % du PIB d’arriérés de la même période. Une situation qui, loin de rassurer, tend à nourrir la méfiance du bailleur de fonds, qui refuserait de se lancer dans une aventure sur la base de belles paroles et de promesses de transparence incapables de survivre à l’épreuve d’un simple audit. Cependant, cette dette serait détenue par des fournisseurs de biens et services nationaux, dont les créances seraient opaques et accumulées depuis des années. Et à en croire Fitch, c’est cet audit qui devrait permettre de faire toute la lumière sur ces créances obscures.
Il ne s’agit donc pas d’un exercice purement technique, comme voudrait le faire croire une certaine opinion. Il est question de classification et de transparence sur le niveau d’endettement réel de l’État. Cette exigence de classification est d’autant plus importante qu’elle serait vraisemblablement un impératif susceptible de déterminer les marges de manœuvre budgétaires du pays pour les prochaines années. Ainsi, plus les arriérés sont élevés, moins l’État est crédible face à ses créanciers. Et les résultats ne se feront pas attendre : les investissements sociaux seront réduits, avec des risques potentiels sur la dépense publique pouvant mettre l’État dans l’incapacité d’honorer ses engagements, à la fois auprès des entreprises locales et probablement auprès des agents publics.
Cet audit se veut ainsi, malgré les apparences, être une condition sine qua non pour la signature de ce programme avec le FMI. D’autant que, sans lui, le gouvernement pourrait se retrouver contraint de signer un programme en déphasage avec la situation réelle du pays. Ce qui réduit largement les possibilités de choix d’options que le pays pourrait avoir. D’ailleurs, faut-il le rappeler, cet audit n’est pas uniquement destiné à rassurer le FMI. Il est également, plus qu’il ne le paraît, profitable aux autorités, dans la mesure où il permettrait d’instaurer un climat de confiance entre l’État et ses créanciers, tout en constituant un acte fort de transparence en matière de gouvernance.
La question de l’audit de la dette publique dépasse largement le seul cadre des négociations entre Libreville et le FMI. Elle touche directement à la crédibilité financière de l’État gabonais et à sa capacité à établir une photographie fiable de ses engagements. Tant que le niveau réel de la dette et des arriérés ne sera pas clairement établi et rendu intelligible, les incertitudes continueront de peser sur les discussions avec les partenaires financiers.
Pour le gouvernement gabonais, la publication de résultats vérifiables constituerait donc moins une contrainte qu’un test de crédibilité et de transparence, dont dépend en partie la capacité du Gabon à restaurer durablement la confiance de ses créanciers et à préserver ses marges de manœuvre budgétaires.







