Joaquim do Espírito Santo: « Ces réalisations de la SOGADA méritent notre regard et notre soutien »: quand Luanda salue ce que Libreville tarde à reconnaître et valoriser 

Son Excellence Joaquim do Espírito Santo, ambassadeur de la République d’Angola au Gabon n’a pas caché son émerveillement après la visite des locaux de la Holding HPO & Associés puis de la ferme de Meyang © Dépêches 241

Libreville, le 13 août 2026 (Dépêches 241). Le 6 août dernier, au siège du Groupe HPO & Associés puis sur le site agropastoral de Meyang, Son Excellence Joaquim do Espírito Santo, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République d’Angola au Gabon, n’a pas caché son admiration. Face aux cent cinquante-huit hectares exploités par la SOGADA, aux cent cinquante mille poules pondeuses et aux cinquante-quatre millions d’œufs produits chaque année, le diplomate a livré des mots rares dans la bouche d’un représentant étranger : surprise sincère, éloge appuyé, promesse de soutien. Des mots qui, en creux, disent aussi ce que le Gabon peine encore à formuler envers Hervé Patrick Opiangah, l’un de ses propres bâtisseurs.

« Je suis sincèrement surpris, dans le bon sens. Je tiens à féliciter mon frère Opiangah pour tout ce qu’il accomplit et entreprend. C’est vraiment remarquable », a lâché l’ambassadeur angolais au sortir de la visite des installations. À dire vrai, un diplomate en poste ne s’étonne pas par convention, il s’étonne quand la réalité dépasse ce que le protocole avait préparé. 

Cent cinquante-huit hectares, cent cinquante mille poules pondeuses, cinquante-quatre millions d’œufs et trois millions d’alvéoles produits chaque année. Ces chiffres, obtenus sans faste ni subvention publique, racontent une économie agricole gabonaise qui existe, qui produit, et qui le fait dans un secteur directement rattaché à la politique de souveraineté alimentaire des nouvelles autorités, avec l’interdiction d’importation du poulet de chair.

La surprise de l’ambassadeur n’est donc pas anodine. En réalité, elle mesure l’écart entre ce que le Gabon accomplit réellement sur le terrain et la visibilité que ce terrain reçoit dans son propre pays. Une anomalie qui a eu le mérite d’être soulignée subtilement, en toute diplomatie. 

Le langage de la coopération Sud-Sud

Le second registre du discours diplomatique est plus construit, plus politique. « Je suis heureux d’être ici et de voir tout le chemin parcouru. Ce travail mérite d’être regardé de près et soutenu. Nous allons réfléchir ensemble aux moyens de l’accompagner, pour qu’il atteigne cet objectif de souveraineté alimentaire que les nouvelles autorités se sont fixées, avec l’interdiction d’importation du poulet de chair », a précisé le diplomate.

En reliant explicitement la SOGADA à la politique publique gabonaise, l’ambassadeur ne fait pas seulement un compliment d’usage. Il inscrit une entreprise privée dans l’agenda stratégique de l’État gabonais, et propose à son propre pays d’y contribuer par des partenariats techniques, un transfert de compétences et des mécanismes de financement. C’est là un langage classique de la coopération Sud-Sud. L’Angola ne vient pas simplement observer, il se positionne comme partenaire d’un objectif que Libreville affiche certes mais peine parfois à outiller.

« Mon frère » : la fraternité comme stratégie et comme vérité ? 

« J’encourage mon frère Opiangah à continuer, car nous sommes à ses côtés pour le soutenir », a insisté l’ambassadeur, reprenant pour la troisième fois ce mot de fraternité. En diplomatie, le vocabulaire est rarement gratuit. Qu’un ambassadeur en exercice choisisse, par deux fois, le registre fraternel plutôt que le seul registre institutionnel pour s’adresser à un opérateur économique gabonais, c’est reconnaître à cet homme et à cette entreprise un poids qui dépasse le cadre strictement commercial. C’est traiter Hervé Patrick Opiangah non comme un simple chef d’entreprise reçu en courtoisie, mais comme un interlocuteur dont l’œuvre engage, à ses yeux, l’avenir agricole de tout un pays.

Une reconnaissance venue d’ailleurs, un silence qui interroge

Reste une question que cette visite pose avec une netteté embarrassante. Comment expliquer qu’un chef de mission diplomatique étranger salue avec une telle chaleur, un tel luxe de détails et un tel engagement à soutenir, une œuvre que les autorités gabonaises elles-mêmes peinent à reconnaître à sa juste valeur, quand elles ne l’ont pas, par le passé, entravée ?  

Que la reconnaissance la plus explicite adressée à ce jour à la SOGADA et à son fondateur vienne de Luanda plutôt que de Libreville constitue une anomalie que le gouvernement du Président Oligui Nguema, engagé dans une refondation institutionnelle qui se veut fondée sur le mérite et l’intérêt national, ne peut se permettre d’ignorer. 

Si la souveraineté alimentaire est réellement une priorité des nouvelles autorités, alors l’État gabonais doit à Hervé Patrick Opiangah et à la SOGADA ce que l’Angola vient de lui offrir sans calcul : le regard, le soutien, et la reconnaissance qui reviennent à ceux qui bâtissent, chez eux, ce que d’autres ne font que promettre.

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