Violences post-électorales de 2016: le collectif des victimes accuse Oligui Nguema de faire « preuve d’injustice »

Aïcha Tsoumou, Présidente du collectif des victimes des violences post-électorales d’août 2016 invite Oligui Nguema à faire preuve de justice en jetant un regard sur la situation des membres de son association.© Dépêches 241

Libreville, le 18 août 2026-(Dépêches 241). Il y a quelques jours, le Président de la République, Chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, inaugurait le nouvel hôtel des affaires étrangères du Gabon. Une séquence a particulièrement marqué cet instant, c’est la décision de baptiser ce bâtiment « Maison Jean Ping », au nom de l’injustice électorale subie par le diplomate et acteur politique gabonais lors de la présidentielle d’août 2016. Une résolution qui a immédiatement suscité les réactions des victimes des violences post-électorales du QG de Jean Ping, jusqu’à présent, oubliées par les nouvelles autorités.

Dans une vidéo aux allures de réquisitoire contre le régime de Brice Clotaire Oligui Nguema, Aïcha Tsoumou, Présidente du collectif des victimes des violences post-électorales de 2016, accessoirement appelée l’infirmière du QG de Jean Ping, dit toute sa colère contre le Chef de l’État, en franchissant un palier important dans son récit. Elle accuse clairement le nouveau Président de la République de faire preuve d’injustice vis-à-vis des nombreuses victimes qui portent encore les stigmates de cette nuit sombre de l’histoire politique du Gabon.

Un même drame, mais des fortunes diverses pour les victimes ?

Pour Aïcha Tsoumou, la restauration de Jean Ping, par le Chef de l’État, à l’occasion de l’inauguration du nouvel hôtel des affaires étrangères qui porte le nom de l’ancien candidat à l’élection présidentielle d’août 2016, vient mettre en lumière une réalité inacceptabl, une injustice profonde entre deux catégories de victimes d’un même drame, de la même barbarie.

Suivant ses déclarations, il y aurait d’un côté, ceux dont le préjudice est aujourd’hui reconnu. Leurs pertes sont quantifiables, leurs voix sont entendues, et les mécanismes de compensation se sont déclenchés presque naturellement. Toute chose qui est juste, et l’État a d’ailleurs fait son devoir.

Mais de l’autre côté, il y a la seconde catégorie de victimes. Les oubliés du nouveau régime. Ceux dont les souffrances sont indirectes, mais tout aussi dévastatrices, visibles, mesurables. Ceux qui n’entrent pas dans les cases administratives, dont les emplois, les familles ou la santé ont été brisés dans l’ombre, sans caméras ni indemnités automatiques.

Une double peine vécue comme une injustice pour les membres du collectif

Dans son discours, la Présidente du collectif défend l’idée qu’une victime ne vaut pas plus qu’une autre en raison de sa visibilité, de son statut ou de sa capacité à se faire entendre. Pour elle, l’État ne devrait jamais faire le tri dans la souffrance de ses citoyens, il devrait songer à réparer ce qui a été cassé pour tout le monde, et à égalité. « Monsieur le Président n’est pas juste. Il n’est pas juste car il nous demande de patienter, mais en même temps il dit qu’il répare l’injustice de 2016 pendant que les victimes pour qui il a donné des instructions au Ministre des Affaires Sociales pour une prise en charge sont encore laissés pour compte », a déclaré Aïcha Tsoumou.

Toujours au sujet des souffrances vécues par les victimes de cette nuit noire de l’histoire politique gabonaise récente, la responsable du collectif ajoute: « Emmanuel Moussounda vit avec des balles dans son corps. Il a été écouté par le Directeur des Affaires Sociales. Le dossier d’Emmanuel est sur le bureau du Président de la République Gabonaise. Le Président ne trouve pas qu’il faut réparer cette injustice, mais il trouve qu’il est obligatoire, nécessaire, extrêmement urgent de réparer l’injustice qu’a subie Monsieur Jean Ping, parce que je rappelle que Monsieur Jean Ping a été amputé d’un bras, d’un pied et de tous ses organes vitaux », a-t-elle ironisé avec amertume.

Le récit glaçant d’Aïcha Tsoumou, rapportant pourtant des faits documentés, devrait interpeller les nouvelles autorités sur les souffrances et les traumatismes des victimes qui ne demandent guère l’aumône, mais simplement que justice leur soit rendue, et qu’elles soient enfin restaurées, au même titre que Jean Ping et tous les autres acteurs politiques luttant à cette époque contre le régime moribond d’Ali Bongo Ondimba.

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