Polémique autour de la paternité de la Concorde : la vérité historique sur notre hymne national désespérément attendue

Owone Nguema, enseignant et libre penseur gabonais.© Dépêches 241

Libreville, le 18 août 2026-(Dépêches 241). L’histoire n’est pas un simple livre de contes que l’on réécrit au gré des envies ou des intérêts du moment. Elle est la trace indélébile des erreurs, des triomphes et des tragédies des communautés humaines. Pourtant, trop souvent, la vérité historique se retrouve prise en otage, travestie par la propagande, tronquée ou manipulée pour des intérêts politiques, claniques ou religieux. Dans une énième tribune, Owone Nguema, enseignant de philosophie, invite les historiens gabonais à restituer l’authentique vérité sur la paternité de la Concorde, l’hymne national du pays. Nous publions in extenso sa réflexion.

« La polémique qui enfle depuis quelque temps sur les réseaux sociaux autour de la paternité de notre hymne national est symptomatique d’une crise plus profonde de légitimité de nos récits officiels. Et aujourd’hui, force est de constater que l’espace numérique, par sa rapidité et son horizontalité, tend à substituer la rumeur à l’information vérifiée. En raison de quoi, face à ce vacarme, l’historien et l’archiviste apparaissent comme les garants d’une parole autorisée, car leur parole s’appuie sur des preuves matérielles.

C’est pourquoi il importe que ces spécialistes, par-delà les tentations partisanes, nous restituent une vérité honnête qui ne soit pas dictée par leurs émotions ou leurs appartenances idéologiques. Dans le cas d’espèce, seule la puissance d’archives honnêtement exploitées peut opposer un rempart solide aux reconstructions fantaisistes.

Il est clair que la construction d’une mémoire historique exige que l’expertise des chercheurs fasse taire les fausses vérités, souvent fabriquées de toutes pièces et colportées par la force des ragots. Car si la rumeur prospère dans l’absence de preuves scientifiques, l’archive, elle, impose une matérialité irréfutable. C’est le cas, par exemple, de partitions annotées ou de témoignages datés qu’il faut aujourd’hui faire parler avec franchise.

C’est précisément cette rigueur documentaire qui distingue la connaissance historique du simple kongossa. Les historiens, en croisant les sources et en les soumettant à la critique, peuvent ainsi transformer la controverse en débat rationnel. Dès lors, le moment les appelle à remplir leur devoir : restaurer ou restituer la vérité historique qui nous appartient à tous.

Au final, restituer la vérité sur l’auteur de La Concorde, alors que le Gabon entre symboliquement dans un âge de maturité, n’est pas un simple exercice d’érudition : c’est un acte mémoriel essentiel. Car une nation qui fonde sa mémoire sur des approximations ou des manipulations entretenues fragilise le socle de son unité mémorielle.

Le temps est peut-être venu où nos historiens doivent honorer la vérité pour dissiper les doutes persistants. Et leur responsabilité est d’autant plus grande que les réseaux sociaux ont tendance à amplifier les erreurs et à figer les malentendus en certitudes. En s’en tenant strictement aux arguments et aux preuves, ils nous offrent une vérité partagée, condition même de toute réconciliation mémorielle. De la sorte, cette polémique cessera d’être un champ de bataille pour redevenir un objet d’étude pour nos enfants.»

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