
Libreville, le 14 août 2026-(Dépêches 241). L’espace numérique public est devenu un nouvel agora, car il offre une tribune inédite où chaque voix peut se faire entendre. Cependant, cette liberté fondamentale s’accompagne d’un constat inquiétant: la multiplication des dérives langagières et la dégradation continue de la parole publique sur les réseaux sociaux. L’insulte banalisée, la diffamation, l’invective et le cyberharcèlement tendent aujourd’hui à supplanter le débat d’idées et l’échange constructif. Dans une tribune savamment articulée, Owone Nguema appelle à une réponse institutionnelle « claire et ferme ». Nous publions in extenso son libre propos.
« L’indignation que suscitent les dérives injurieuses de certains activistes, à l’image de celles, récentes, de Landry Mbeng dit Lanlaire, est une réaction saine et nécessaire. Elle témoigne d’un sursaut moral collectif face à la vulgarité et à la violence verbale qui gangrènent notre espace public numérique. Pour autant, cette révulsion légitime, si elle n’est qu’émotionnelle, reste stérile. Car la véritable riposte ne devrait pas être l’écume de la colère, mais l’affirmation calme et implacable de la norme de droit. Dans ce scandale, il paraît impératif de déplacer le curseur vers une réponse institutionnelle claire et forte, seule capable de dépersonnaliser le conflit et de rappeler que l’enjeu n’est pas une querelle d’individus, mais la préservation d’un ordre public civilisé.
Pour notre part, cette réponse institutionnelle devrait s’incarner dans une action juridique cohérente et ferme, qui commencerait par assainir l’espace médiatique numérique local, où ces dérives ont malheureusement encore cours. La crédibilité même de notre système de droit est en jeu, car une règle qui n’est pas appliquée n’est plus une règle, mais une incantation. Soyons clairs : il ne s’agit pas de réclamer une justice d’exception, mais une application objective du droit, qui pénalise l’injure publique sans faiblesse ni parti pris. Il nous faut pour ce faire nous résoudre à refuser toute complaisance envers tous ceux qui, ici ou ailleurs, sous prétexte de soutenir ou critiquer le Président, prennent l’injure pour argument. Leur attitude est dommageable, d’autant qu’une transgression impunie dans une société aura tendance à se normaliser et, par conséquent, à s’imposer comme une habitude convenable.
Hélas, la réaction dominante aux propos de Lanlaire, à observer le Meta, semble se cantonner à une agitation aussi vaine qu’impertinente : des panels, des lives et des centaines de messages qui ne visent qu’à lui rendre des injures aussi abjectes que celles qu’il a proférées. C’est là la preuve d’une réaction stérile qui diffuse un message désastreux : on répondra à tes injures par des injures plus obscènes encore. Cette escalade verbale annule tout espoir de le disqualifier et donc de restaurer la dignité de la première institution de notre pays. Car en empruntant les armes de l’adversaire, on légitime le terrain qu’il a choisi, celui du déshonneur. Et comme souvent, ce bruit nous fait oublier l’essentiel.
L’essentiel est ailleurs : il consiste à faire remarquer que notre administration judiciaire, sans partialité, doit œuvrer à neutraliser sur l’espace public le langage injurieux d’où qu’il vienne : partisans ou non du pouvoir, soutiens ou opposants au Président. Et surtout se faire fort de rappeler à tous les citoyens que seuls les arguments valent sur l’espace public. C’est à cette condition qu’elle sera pleinement fondée à favoriser une diplomatie judiciaire pouvant aboutir à l’extradition si possible ou à l’emprisonnement de certains compatriotes, même lorsqu’ils résident hors du territoire national. Car ce qui importe vraiment, c’est qu’ils ne soient plus en capacité de se justifier en arguant que les soutiens du Président insultent, eux aussi, au vu et au su de tous, sans être réprimandés ni par l’opinion publique ni par la loi. Argument fort de l’indignation sélective ».







