
Libreville, le 6 septembre 2026-(Dépêches 241). Face à une réalité devenue insupportable, celle des délestages intempestifs d’électricité qui paralysent le quotidien des populations, de nombreuses voix s’élèvent car Il ne s’agit plus de simples désagréments occasionnels, mais d’une crise répétée par cycle qui touche chaque foyer, chaque commerce, chaque école et chaque structure de santé. Dans un style caractéristique où se mêle rationalité et mysticisme, Owone Nguema, enseignant de philosophie et libre penseur gabonais, s’est fendu d’une nouvelle tribune, que nous publions in extenso.
« La Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG), dans le ballet quotidien de coupures et de retours de courant qu’elle nous offre, est devenue la métaphore la plus ostensible de notre corps social. Pour cause, elle incarne cette promesse nationale sans cesse réaffirmée mais jamais tenue, un symbole de la modernité qui vacille au moindre souffle. L’ampoule qui s’allume puis s’éteint à Lambaréné, à Oyem ou à Owendo, comme c’est le cas ces derniers jours, n’est pas un simple incident technique ; c’est le pouls irrégulier d’un pays dont le cœur bat la chamade, tiraillé entre l’aspiration à sortir du noir et une force d’inertie qui l’y replonge.
Ce flux électrique qui va et vient sans logique apparente raconte une bataille de tous les instants. Et si l’on peut voir la main visible de l’État qui investit de l’argent, des agents qui, tant bien que mal, s’évertuent à réparer les machines et les kilomètres de réseaux électriques et hydrauliques, la situation nous incline aussi à soupçonner l’œuvre d’un désordre plus profond, presque mystique. La lumière ne lutte pas seulement contre la vétusté des câbles ; elle affronte visiblement aussi des ténèbres tenaces, comme si une volonté obscure s’acharnait à rappeler que rien, ici, ne doit être acquis. L’effort humain semble se heurter à un plafond de verre invisible, à une fatalité qui engloutit les sacrifices consentis.
À bien y regarder, la scène qui se joue dans les entrailles de la SEEG est celle du Gabon tout entier. Par-delà les joutes politiciennes et les difficultés affichées, il s’y livre un combat de forces invisibles. Les pannes à répétition sont la partie émergée d’un iceberg spirituel où se joue, loin des regards, l’âme du pays. La compétence des ingénieurs paraît bien insignifiante contre l’irrationalité d’un système qui semble se nourrir de sa propre déliquescence. Ce faisant, cette société devient le symbole de notre inertie, le lieu où se joue le combat de notre essor vers la félicité.
Et dans ce duel silencieux, c’est toujours la population qui sort perdante. Le bien-être des Gabonais reste l’otage de cette guerre de tranchées énergétique, confisqué par des logiques qui les dépassent. Vouloir la lumière ne suffit pas ; encore faut-il vaincre, au sens propre comme au sens figuré, les démons qui habitent la nuit qui pèse encore sur notre pays. Tant que cette bataille mystique ne sera pas tranchée, la SEEG continuera d’être ce miroir impitoyable d’un pays qui se rêve éclairé mais dont les habitants demeurent, la peur au ventre, suspendus aux caprices d’un interrupteur géant qui dépassent la compétence de nos ingénieurs et de nos politiques. »







