Gabon: les recettes fiscales chutent de 612 milliards de FCFA, révélant la fragilité du budget 2026

les recettes fiscales du pays ont connu une baisse sévère.© Dépêches 241

Libreville, le 5 septembre 2026-(Dépêches 241). Quelques mois après l’entrée en vigueur du budget 2026, l’État gabonais a dû revoir très fortement ses anticipations de recettes fiscales. La loi de finances initiale tablait sur 2 380,1 milliards de FCFA. La LFR du 17 juillet n’en retient plus que 1 767,7 milliards, soit une correction de 612,4 milliards de FCFA et de 26 %. Plus d’un franc fiscal sur quatre attendu en début d’exercice disparaît ainsi des nouvelles prévisions budgétaires. Cette révision est d’autant plus significative qu’elle porte sur le socle même des ressources ordinaires de l’État, celles qui permettent de financer les dépenses sans recourir à l’endettement. Elle donne aussi la mesure de l’écart entre les hypothèses initiales et les recettes que le gouvernement estime désormais réellement mobilisables.

Le mouvement ne concerne pas seulement l’impôt. Les « autres recettes » sont elles aussi abaissées, de 1 684,5 milliards à 1 351,6 milliards de FCFA, soit près de 333 milliards de moins et une baisse de 20 %. Seuls les dons, legs et fonds de concours progressent fortement en proportion, passant de 15,8 milliards à 36,2 milliards, mais leur montant reste trop limité pour compenser la dégradation des principales ressources de l’État. Leur progression de 130 % peut paraître spectaculaire, mais elle ne représente qu’une vingtaine de milliards supplémentaires. Face à une perte combinée de plus de 945 milliards sur les recettes fiscales et autres recettes, l’effet compensateur reste marginal.

Au total, les recettes brutes du budget général sont désormais estimées à 3 166,3 milliards de FCFA, contre 4 091,1 milliards dans la loi initiale. La révision atteint donc 924,8 milliards de FCFA, soit -23 %. L’ampleur de l’écart pose nécessairement la question de la robustesse des hypothèses ayant servi à construire le budget voté à la fin de 2025. Une correction proche de 1 000 milliards ne relève plus d’un simple ajustement à la marge : elle change l’équilibre général du budget et oblige à revoir les ambitions de dépenses. C’est précisément cette dégradation des ressources qui explique en grande partie le recul massif de l’investissement inscrit dans la LFR.

Les collectivités locales donnent un aperçu supplémentaire de cette révision. Les recettes prélevées à leur profit chutent de 52,7 milliards à 32,4 milliards de FCFA. Les prévisions de patentes reculent de 10,4 milliards à seulement 2,87 milliards, celles de contribution foncière unique de 17,1 milliards à 8,46 milliards. L’écart entre prévision initiale et prévision révisée atteint respectivement -72 % et -51 %. L’IRPP affecté aux collectivités est également revu de 7,22 à 4,70 milliards de FCFA, soit une baisse de 35 %. Plusieurs composantes de la fiscalité locale apparaissent donc beaucoup moins productives qu’anticipé lors de la construction du budget.

La LFR ne constitue donc pas une simple mise à jour technique. Elle corrige substantiellement la quantité de ressources que l’État estime pouvoir effectivement mobiliser en 2026. Ce décrochage complique d’autant plus l’équation que les dépenses de personnel restent proches de 959 milliards de FCFA et que les charges financières de la dette progressent. Plus la mobilisation des recettes ordinaires est faible, plus la pression augmente sur l’investissement, la trésorerie et le recours aux emprunts.

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