Casses et déguerpissements dans le Grand Libreville: Oligui Nguema veut-il finalement construire Libreville 2 sur Libreville 1 ?

Entre les ruines de Libreville 1 et les promesses de Libreville 2, le doute s’installe © Dépêches 241

Libreville, le 4 septembre 2026-(Dépêches 241). Annoncé avec tambours et trompettes, le projet de construction de Libreville 2, une nouvelle ville intelligente et écologique s’étendant sur 30 000 hectares, semblait être la solution parfaite de Brice Clotaire Oligui Nguema, alors Président de la Transition, pour désengorger la capitale actuelle. Seulement, deux ans plus tard, une question centrale émerge peu à peu: en multipliant les casses et les déguerpissements dans la capitale gabonaise et ses environs pour reconstruire, Oligui Nguema aurait-il finalement renoncé à son méga-projet, pour se contenter de bâtir Libreville 2 sur les ruines de Libreville 1 ? 

Il y a presque deux ans, un méga-projet porté par une ambition noble et des promesses éclatantes était présenté aux Gabonais avec faste. Il s’agit de la construction de Libreville 2, une ville moderne et écologique comprenant notamment des voiries et réseaux divers, des routes, des réseaux d’assainissement, des zones résidentielles, industrielles, commerciales, ainsi que des espaces administratifs, scolaires, sanitaires, et, comme jalon majeur, la construction du nouvel aéroport international d’Andem.

Pour Brice Clotaire Oligui Nguema, les objectifs de ce projet étaient clairs et précis. Il était urgent et impérieux de désengorger Libreville 1, l’actuelle capitale, en créant une nouvelle ville, nommée Libreville 2, avec un modèle d’urbanisme durable, moderne intégrant principalement les nouvelles technologies, l’intelligence artificielle et une transition écologique forte.

Libreville II oubliée ou toujours dans les petits papiers d’Oligui Nguema ? 

Mais aujourd’hui, il est temps de faire taire les tambours et d’éteindre les trompettes, car ce qui était annoncé avec fracas comme un méga-projet semble s’effondrer, à mesure que les mois et les années passent. Une autre musique semble même désormais émerger. Et si Brice Clotaire Oligui Nguema aurait finalement décidé de bâtir sa nouvelle ville sur les casses de l’actuelle capitale gabonaise ? 

À ce stade, la question ne semble plus exagérée, mais pourrait relever d’une véritable option, au regard de la cadence des casses et déguerpissements observés aujourd’hui dans le Grand Libreville. Hier, Plaine-Orety, Derrière l’Assemblée nationale et Carrefour SNI. Aujourd’hui, Akébé et Plein-Ciel. Demain, Okala, Avorbam, Charbonnages, Ondogo, Diba-Diba, Lac-Bleu et Carrefour Nzeng-Ayong. Tous ces quartiers connaissent le même sort: les bulldozers et autres engins rasent tout ou presque, laissant derrière eux, des milliers de familles dans le désarroi.

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Car l’Histoire récente du continent regorge d’exemples de pays qui ont fait le choix, eux, d’ériger une ville nouvelle plutôt que de démolir l’ancienne. Et le précédent le plus troublant, pour Libreville, se trouve précisément à sa porte.

Quand d’autres nations africaines ont su bâtir sans raser

En Guinée équatoriale voisine, le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo avait lancé dès 2008 la construction d’Oyala, une cité neuve érigée en pleine forêt équatoriale, dans la province de Djibloho. Le 3 janvier 2026, après près de deux décennies de travaux, cette ville rebaptisée Ciudad de la Paz a officiellement succédé à Malabo comme capitale du pays. Le projet, pensé pour accueillir jusqu’à 200 000 habitants sur plus de 32 000 hectares, s’est doté d’infrastructures administratives, universitaires et résidentielles pour devenir un pôle moderne. 

Nulle part il n’a été question, pour bâtir cette nouvelle capitale, de raser les quartiers de Malabo ou de Bata : l’ancienne capitale continue de vivre, pendant que la nouvelle sort patiemment de terre, financée sur la durée par la rente pétrolière. 

Autre exemple, plus ancien mais tout aussi éclairant : l’Égypte. Lancée en 2015 sous l’impulsion du président Abdel-Fattah al-Sissi, la Nouvelle Capitale Administrative, récemment rebaptisée simplement « la Nouvelle Capitale »  a été conçue comme une ville intelligente et durable, à 45 kilomètres à l’est du Caire, dotée de quartiers résidentiels, d’établissements scolaires et sanitaires, de fermes solaires et d’un nouvel aéroport. 

Là encore, la vieille capitale, avec ses vingt millions d’habitants et ses ruelles séculaires, n’a pas été sacrifiée sur l’autel de la modernité. Elle demeure, tandis que les ministères, le Parlement et les administrations se transfèrent progressivement vers la ville nouvelle, dans le désert.

Dans tous ces cas, la méthode fut la même : construire d’abord, transférer ensuite, et laisser la capitale historique vivre sa propre mue, plutôt que de la vider de ses habitants à coups de bulldozers. C’est précisément cette voie que le CTRI et le Président Oligui Nguema avaient promise aux Gabonais avec Libreville 2. C’est elle qu’il devient urgent de retrouver, avant que les casses de Libreville 1 ne deviennent, par défaut, la seule politique urbaine du pays. 

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