
Libreville, le 2 septembre 2026-(Dépêches 241) Le 29 août dernier, à l’occasion du discours à la nation du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, marquant la fête de la Libération, le laïus du chef de l’État n’a pas manqué de rappeler à l’ordre certains dirigeants d’administration. Le numéro un gabonais a notamment fustigé le comportement, devenu presque une coutume, consistant à mettre en œuvre certaines mesures, le plus souvent contre les populations, sans explications ni avertissement préalable. Objectif visé : corriger le tir, en mettant en place les mécanismes de prévoyance permettant de préparer les citoyens avant l’implémentation de toute mesure. Un discours qui semble tomber sous le sens aux oreilles des victimes des casses et déguerpissements, dont certains dorment depuis lors dans la rue.
S’il est vrai que le discours prononcé par le président de la République, chef de l’État, chef du gouvernement, Brice Clotaire Oligui Nguema, à l’occasion de la célébration de la fête de la Libération, à Makokou, s’est traduit par plusieurs annonces et autres promesses, le point culminant, pour certains, surtout pour ceux qui se disent victimes de l’État depuis l’arrivée au pouvoir de l’actuel chef de l’État, c’est la recommandation du président consistant à demander aux administrations de procéder aux explications avant toute mise en œuvre d’une mesure. Une déclaration pour le moins choquante et et tout autant frustrante pour une certaine opinion, laquelle estime que cette recommandation ne serait qu’un leurre de plus.
Une prise de parole bien plus proche d’une ruse que d’une véritable prise de conscience
D’apparence, le laïus présidentiel semble logique, cohérent. Il répond à la demande incessante des populations qui crient à l’injustice face à certaines administrations représentant l’État, qui ne manquent pas de fouler aux pieds leurs droits. La prise de parole du chef de l’État résonne telle celle d’un père qui a finalement entendu les cris de détresse de ses enfants et qui a décidé d’y apporter les réponses adéquates. Dans un pays normal, où les citoyens se sentent libres de leurs mouvements, où leurs droits sont respectés et où la loi s’applique à tous de la même manière, on aurait cru sans ambages à la sincérité de ce discours. Mais hélas, il y a parfois trop d’abus, trop d’actes et parfois trop de paroles inopportunes qui viennent contredire l’innocente intention de ce propos présidentiel.
Pour en constater les faits, rien de plus facile. Il suffit de regarder les procédures des casses et déguerpissements qui ont émaillé les différentes opérations qui ont eu lieu depuis la chute du régime avilissant d’Ali Bongo. Du jour au lendemain, les populations de Plaine Orety se sont retrouvées dépourvues du strict minimum vital. En cause, l’État, à travers son ministère des Travaux publics, aurait décidé sans délai de les déguerpir. Quand bien même certains habitants y vivaient depuis des générations. Les plus chanceux avaient bénéficié d’un délai de trois jours. Le tout sans aucune mesure d’accompagnement, pour leur permettre de se reloger ou même d’aller reconstruire ailleurs.
La Cote-Ivoire comme modèle sur les casses
Dans le contexte africain, outre la Côte d’Ivoire, le Gabon semble être un des seuls pays où l’État décide unilatéralement de détruire les biens de ces populations, sans aucune indemnisation ni plan de relogement. Faisant de ses propres citoyens des sans-abri. Au lieu de l’amélioration des conditions de vie et de la restauration de la dignité tant promise au peuple gabonais, l’Etat lui offre de la violence et le déni de droit. Ces populations se retrouvent trop souvent involontairement à vivre dans leur propre pays comme des sans-domicile-fixe. L’opération n’aurait épargné personne : enfants, parents, vieux tous ont vu leur maison s’écrouler sous le bruit assourdissant des bulldozers. Seule la rue les a accueillis à bras ouverts.
De Plaine Orety, en passant par derrière les ambassades de Chine et de Russie et aujourd’hui Okala et ses environs, le discours est le même. Tous sont emparés par le doute et refusent vraisemblablement de percevoir ne fusse qu’une once de sincérité dans le discours du chef de l’Etat. Carrefours SNI, Essassa, derrière Berthe et Jean, la cité Bangol, et, en perspective, les habitants d’Okala et ceux jonchant la clôture de la cité démocratie, les populations décrivent une catastrophe sociale orchestrée par l’État à travers ses administrations compétentes.
Se dédouaner au lieu d’assumer
Dès lors, le discours du président est inconfortant, car il ne semble rassurer personne. Il donne davantage l’impression d’un déjà-vu qu’autre chose. Certains considérant que feindre de blâmer les administrations sans avoir pris les mesures adéquates pour réparer les dommages causés et les injustices subies, ce n’est plus seulement un discours proche de la ruse, c’est un moyen mal agencé pour le chef de l’État de se dédouaner des actions posées par son gouvernement. Oubliant que la Constitution, dont il est le garant, fait de lui le premier et seul responsable des actes de son gouvernement devant le peuple, d’autant qu’il est à la fois chef de l’État et chef du gouvernement.
Les actes parleraient bien plus que les discours
Au-delà des mots, la véritable portée de cette recommandation présidentielle se mesurera donc à sa traduction concrète sur le terrain. Demander aux administrations d’expliquer avant d’agir constitue, en soi, une exigence élémentaire de respect des citoyens. Mais cette exigence ne saurait avoir de sens si elle n’est pas accompagnée d’une évaluation des opérations déjà menées, d’une prise en compte des préjudices subis et, lorsque cela est nécessaire, de mesures permettant aux populations concernées de retrouver des conditions de vie dignes. Pour les victimes des casses et des déguerpissements, le temps des discours ne pourra être considéré comme véritablement achevé que lorsque les engagements annoncés produiront des effets visibles.
Car entre la promesse d’un État plus respectueux de ses citoyens et la réalité vécue par ceux qui ont perdu leurs biens et leurs logements, demeure encore un fossé que seule l’action pourra véritablement combler.







