Gabon: Ignorées par les autorités du nouveau régime, les victimes de 2016 honorent les martyrs tombés pour la Nation

Les rescapés et les familles des victimes des violences post-électorales de 2016 refusent que les martyrs tombés pour la Nation soient oubliés, pendant que certains apparatchiks du régime qu’ils combattaient hier sont honorés aujourd’hui.© Dépêches 241

Libreville, le 2 septembre 2026-(Dépêches 241). Depuis l’arrivée au pouvoir en août 2023 de Brice Clotaire Oligui Nguema, les victimes des violences post-électorales d’août 2016 n’ont de cesse de l’interpeller sur la nécessité de restaurer les survivants et les familles des compatriotes tombés pendant l’attaque du QG de Jean Ping, dans la nuit du 31 au 1er septembre 2016. Une demande restée sourde jusqu’à ce jour, si bien que, pour le compte de la troisième édition de la journée nationale de la Libération célébrée le 30 août dernier, certains survivants et les familles des disparus ont décidé, eux-mêmes, d’honorer leurs enfants et parents tombés sous les balles du régime d’Ali Bongo Ondimba, en protestation au silence des nouvelles autorités qui tardent toujours à faire la lumière sur cette page sombre de l’histoire politique du pays.

L’opinion se souvient encore de la nuit du 31 au 1er septembre 2016. L’ancien président du Gabon, Ali Bongo Ondimba, vient d’être déclaré réélu à l’issue d’un processus électoral extrêmement tendu, les populations contestant cette victoire se ressemblent au QG politique de Jean Ping, principal challenger de l’époque. Débute alors une nuit désormais gravée dans la mémoire collective: des escouades lourdement armées prennent d’assaut le QG de Jean Ping. Plusieurs détonations retentissent. De nombreux morts et blessés graves sont enregistrés selon le camp de l’opposition de l’époque, trois personnes tuées, selon la version du gouvernement.

Étouffées et malmenées sous le régime d’Ali Bongo Ondimba, les familles des disparus de cette période noire ont décidé d’honorer eux-mêmes, leurs parents tombés ce jour, sur le chemin de la lutte pour la libération du Gabon. « Je suis une victime directe des violences militaires du 31 août 2016, ancien prisonnier des mêmes événements parce que j’ai été envoyé à sans famille après avoir passé 14 jours d’hospitalisation, saignant avec une opération pour moi qui a été pratiquement une opération de charcuterie », a d’abord déclaré, Cyrille Lemboumbou, l’une des victimes.

Le refus catégorique de l’oubli volontaire

En guise de protestation contre ce qui pourrait être perçu comme un silence complice des nouvelles autorités, les survivants et plusieurs proches des disparus de cette attaque ont pris la résolution de célébrer, à leur manière, les martyrs de cette nuit horrible: « Nous sommes donc à cette place pour commémorer la mémoire de nos martyrs (…) le 31 août 2016, la jeunesse gabonaise a été traquée, assassinée et blessée », a ajouté Cyrille

Restant sur l’organisation de leur sit-in, le survivant soutient qu’« ils peuvent faire semblant ne pas saisir la portée de cette situation, mais il n’est pas question pour nous que cette situation soit oubliée, que ces crimes soient classés pour pertes et profits. Il est bien vrai que l’État central continue de faire fi de cette situation, mais la réalité est là, ils ne pourront pas changer cela », a-t-il rappelé.

De l’espoir à la désillusion ?

Dépités de voir certains hauts dignitaires de l’ancien régime, responsables de leurs souffrances, être honorés et décorés le 30 août dernier à l’occasion de la journée nationale de la Libération, les rescapés de la barbarie militaire du 30 août 2016 disent ne plus croire à leur restauration. « J’ai cru au 30 août 2023, j’ai célébré le 30 août 2023. Mais après le 30 août 2023, je n’y crois plus trop. Je ne pouvais pas penser que l’espérance que l’on nous a promise hier, devrait appartenir à une certaine classe », a chuté Cyrille, au sujet des décorations et autres distinctions remise aux anciens thuriféraires du régime Bongo-PDG.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*