Gabon: que cache l’accord entre l’État et Securiport, la société américaine qui sème la polémique dans les aéroports africains ?

Le Gabon gagnerait à communiquer sur les spécifications techniques et le cadre juridique de l’accord signé avec Securiport, au risque de subir les mêmes désagréments que cette boîte a occasionnés sous d’autres cieux.© Dépêches 241

Libreville, le 4 septembre 2026-(Dépêches 241). Le nom revient à chaque contentieux aéroportuaire du continent depuis un an. Securiport LLC, société basée en Virginie, spécialisée dans le contrôle biométrique de l’immigration et la sécurité de l’aviation civile, opère déjà en Côte d’Ivoire, en Sierra Leone, au Sénégal et en Gambie, où la redevance facturée aux passagers oscille entre 20 et 25 dollars. Au Gabon, la convention signée le 21 mai 2026 avec le ministère des Transports fixe le tarif à 30 dollars par passager, le plus élevé du groupe.

Le précédent le plus instructif vient de la RDC. En novembre 2025, des extraits d’un contrat entre Kinshasa et Securiport fuitent sur les réseaux sociaux. L’article 38 y prévoit une redevance de 30 dollars reversée à 85% à l’entreprise américaine pour amortir son investissement, et à 15% seulement à l’État congolais. La polémique éclate dans un pays où la population réclamait déjà la suppression du GoPass, une autre taxe aérienne jugée excessive. Le gouvernement congolais avait dû publier un communiqué pour tenter de clarifier un accord resté jusque-là confidentiel.

En Sierra Leone, le rapport de force a tourné en défaveur de Securiport. Le 6 juillet 2026, le ministère de l’Intérieur a suspendu la redevance de 25 dollars appliquée depuis des années à l’aéroport de Freetown, dans l’attente d’un audit spécial mené par les autorités de contrôle du pays. Les voyageurs dénonçaient de longue date un prélèvement perçu séparément du billet d’avion, sans justification publique de son usage.

Le schéma se répète avec une régularité frappante : un contrat signé sans appel d’offres clairement documenté, un tarif intégré discrètement au prix du billet, puis une contestation publique une fois les termes connus. Aucun des pays cités n’a rendu intégralement public le contenu de son accord avec Securiport. Le Gabon, en refusant pour l’heure de communiquer les spécifications techniques et le cadre juridique du dispositif, s’expose au même scénario que la RDC et la Sierra Leone.

L’IATA elle-même a tranché le débat sur le fond, au-delà du seul cas gabonais. Dans un communiqué du 4 août 2026 coécrit avec l’AFRAA et l’AASA, l’organisation rappelle que le financement des dispositifs de sécurité frontalière relève de la responsabilité des États, et non des passagers ni des compagnies aériennes. Une doctrine qui, si elle était appliquée, rendrait caduc l’essentiel du modèle économique proposé par Securiport sur le continent.

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