
Libreville, le 3 septembre 2026- (Dépêches 241). Près de dix ans après son lancement, le Projet de renforcement des capacités pour l’employabilité des jeunes et l’amélioration de la protection sociale (RCEJPS) reste ouvert au Gabon. Approuvé par la Banque africaine de développement (BAD) le 9 décembre 2016, le programme bénéficie d’un financement de 84,63 millions d’euros, soit environ 55,5 milliards de FCFA. Alors que la BAD le classe toujours parmi ses projets « en cours », l’État gabonais vient d’engager un nouvel audit portant sur les comptes et les marchés de l’exercice 2026 et du premier trimestre 2027. Une nouvelle séquence de contrôle pour un programme qui devait renforcer la formation professionnelle, l’insertion des jeunes et la protection sociale.
La durée d’exécution interpelle d’autant plus que le RCEJPS affichait encore, au 30 septembre 2024, un taux de décaissement de seulement 41,1 %. Sur les 84,63 millions d’euros engagés par la BAD, 34,783 millions d’euros, soit environ 22,8 milliards de FCFA, avaient alors été décaissés. À cette date, près de huit ans après l’approbation du projet, environ 49,8 millions d’euros, l’équivalent de 32,7 milliards de FCFA, restaient donc à décaisser. La revue du portefeuille gabonais réalisée par la Banque mentionnait alors une date de clôture fixée au 31 mars 2025, plus d’un an après cette échéance, le projet apparaît pourtant toujours comme « On Going » dans la base de données de l’institution.
Le bilan physique disponible offre toutefois une image plus contrastée qu’un simple retard généralisé. Les données publiées par la BAD font état de 13 centres de formation professionnelle réhabilités et équipés, contre 7 initialement prévus, et d’une moyenne de 1 200 diplômés par an, supérieure à l’objectif de 1 000. Le taux de réussite aux examens professionnels atteint également l’objectif de 60 %. Mais plusieurs livrables restent indiqués à zéro, notamment les trois annuaires statistiques prévus pour l’enseignement technique et la formation professionnelle, le dispositif d’extension de l’assurance maladie au secteur informel et aux travailleurs indépendants, ainsi que l’amélioration de l’accès des jeunes entrepreneurs au financement. Surtout, la BAD affiche un taux global de mise en œuvre des activités de 65 %, pour une cible de 100 % sur la période 2016-2026.
Le programme continue d’ailleurs de générer des marchés en 2026. Le 24 avril, un appel d’offres concernait encore des travaux de voiries et réseaux divers au lycée technique Agathe Obendze de Franceville et au Centre de formation et de perfectionnement professionnels de Koula-Moutou. Et le 20 août 2026, la BAD publiait encore un plan simplifié de passation des marchés du RCEJPS. Autrement dit, près d’une décennie après l’approbation du financement, certaines composantes continuent d’être exécutées et contractualisées. Cette longévité pose désormais la question du calendrier d’exécution d’un investissement social financé par emprunt, davantage que celle de son seul montant.
C’est dans ce contexte que les autorités veulent faire auditer l’exercice 2026 et le premier trimestre 2027. Le contrôle devra notamment permettre de vérifier que les fonds ont été utilisés conformément à l’accord de prêt et que les réalisations physiques correspondent aux décaissements effectués. Aucun élément du document ne permet, à ce stade, de conclure à une irrégularité. Mais pour un projet de 55,5 milliards de FCFA lancé en 2016, encore actif en 2026 et dont le taux d’exécution des activités affiché par la BAD n’est que de 65 %, la question de fond devient celle du temps nécessaire pour transformer les financements disponibles en résultats durables pour l’emploi des jeunes.







