Gabon : souveraineté économique en 2025, responsabilité financière en 2026, le discours présidentiel change de priorité

En 2025 et 2026, Oligui Nguéma a changé ses priorités, signe d’un changement de paradigme ou incapacité à implémenter une vision © Dépêches 241

Libreville, le 2 septembre 2026 – (Dépêches 241). À un an d’intervalle, deux expressions permettent de mesurer l’évolution du discours économique de Brice Clotaire Oligui Nguema. En 2025 : « souveraineté économique ». En 2026 : « chaque franc » doit être retracé et utilisé avec rigueur. La première formule désigne une ambition nationale, la seconde traduit une préoccupation beaucoup plus opérationnelle. Après avoir expliqué ce que le Gabon voulait reconquérir, le président commence à demander comment l’État gère ce qu’il possède déjà.

En août 2025, le diagnostic était tourné vers l’extérieur : exporter des matières premières sans suffisamment les transformer maintenait le pays dans une forme de dépendance. Oligui Nguema promettait donc de déplacer le Gabon vers l’aval des chaînes de valeur, meubles, carburants raffinés, alliages, bijoux, chocolat, carreaux ou engrais. L’indépendance politique, affirmait-il en substance, resterait incomplète sans indépendance économique.

À Makokou, un an plus tard, le diagnostic regarde davantage vers l’intérieur. Le président s’inquiète des recettes des établissements sanitaires, des irrégularités dans la Fonction publique et des entrepreneurs qui ne remboursent pas leurs crédits. Même le soutien exceptionnel de 55 milliards de FCFA annoncé pour la santé est assorti d’une demande explicite d’amélioration de la qualité du service.

Il ne s’agit pas nécessairement d’un abandon de la stratégie industrielle. Dans le manganèse, le calendrier de transformation locale reste fixé à 2029 et les projets industriels continuent d’avancer. Mais l’expérience de la mise en œuvre semble déplacer l’attention présidentielle vers la qualité des institutions, le contrôle des ressources et la responsabilité de ceux qui bénéficient de l’intervention publique.

C’est peut-être le principal enseignement économique des deux discours. La souveraineté était présentée en 2025 comme la capacité du Gabon à maîtriser ses ressources. En 2026 apparaît une définition plus exigeante : encore faut-il savoir administrer les ressources ainsi récupérées. Après le temps de la reconquête, le pouvoir entre progressivement dans celui, beaucoup moins confortable, de la reddition des comptes, en attendant probablement celui du retour à la réalité.

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