Gabon: avec son audit annoncé début septembre, la DGI va-t-elle enfin s’attaquer aux « gros poissons » ?

La Direction Générale des Impôts très attendue sur la régularité des avantages fiscaux dont bénéficient certains opérateurs économiques.

Libreville, le 31 août 2026-(Dépêches 241). La Direction générale des impôts (DGI) s’apprête à ouvrir un chantier fiscal particulièrement sensible : celui des exonérations accordées aux entreprises. Dès septembre 2026, l’administration doit lancer une campagne d’audit et de contrôle renforcé destinée à vérifier la régularité des avantages fiscaux dont bénéficient certains opérateurs économiques. Au-delà de la conformité administrative, l’enjeu est surtout de déterminer si les investissements, emplois ou autres contreparties ayant justifié ces privilèges ont effectivement été réalisés. Une opération qui pose une question centrale : jusqu’où la DGI ira-t-elle lorsque ses contrôles toucheront les entreprises bénéficiant des régimes fiscaux les plus avantageux ?

Le calendrier ne laisse en principe guère de place aux retardataires. Les entreprises concernées devaient transmettre à l’administration fiscale, avant le 30 août, un dossier comprenant notamment leurs statuts, une fiche de renseignements, leur localisation, leur cahier des charges ainsi que les textes juridiques fondant les exonérations obtenues. Celles incapables de justifier leurs avantages s’exposent à leur retrait. Mais le véritable test ne résidera pas dans le nombre de dossiers administratifs régularisés : il sera dans la capacité de la DGI à confronter les avantages effectivement accordés aux engagements économiques pris par leurs bénéficiaires.

Le sujet est d’autant plus sensible que les exonérations constituent une dépense fiscale : l’État renonce volontairement à percevoir certaines recettes pour favoriser un investissement ou une activité considérée comme prioritaire. Or, lorsque l’investissement promis n’est pas réalisé, que les emplois annoncés ne sont pas créés ou que les obligations prévues dans le cahier des charges restent lettre morte, l’avantage fiscal perd une grande partie de sa justification économique. C’est précisément cette logique que les autorités veulent désormais remettre à plat, dans le prolongement des instructions données par le président Brice Clotaire Oligui Nguema lors du Conseil de cabinet exceptionnel du 8 juillet 2026 sur la rationalisation des dépenses fiscales.

La pression budgétaire donne à cette opération une dimension supplémentaire. La loi de finances rectificative 2026 a fortement revu à la baisse les prévisions de recettes de l’État, tandis que les besoins de financement demeurent élevés. Dans ces conditions, maintenir des exonérations insuffisamment justifiées revient à préserver une dépense fiscale au moment même où le gouvernement cherche de nouvelles marges budgétaires. Le potentiel financier de l’audit dépendra toutefois d’un élément déterminant : le montant exact des exonérations examinées, leur concentration entre les différents bénéficiaires et la part que l’administration estimera finalement injustifiée.

C’est donc moins l’annonce de la campagne que ses résultats qui permettront d’en mesurer la portée. Nombre d’entreprises contrôlées, montant des avantages examinés, exonérations retirées, redressements éventuellement prononcés et recettes récupérées permettront de savoir si septembre marque un véritable tournant. Si l’audit se limite aux entreprises dont les dossiers sont incomplets, son impact restera essentiellement administratif. S’il examine aussi les principaux bénéficiaires d’avantages fiscaux et confronte systématiquement les privilèges obtenus aux investissements réellement exécutés, la DGI s’attaquera alors au cœur du problème : savoir combien coûtent ces exonérations à l’État et ce que le Gabon reçoit réellement en échange.

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