
Libreville, le 31 août 2026-(Dépêches 241). Le Gabon a décidé de reprendre en main le secteur des jeux d’argent, mais une donnée essentielle manque encore pour mesurer la portée économique de l’opération : combien vaut réellement ce marché ? Créée en décembre 2025 par l’ordonnance n°0011/PR/2025, la Gabonaise des Jeux (GDJ) exerce désormais le monopole d’État sur les jeux d’argent, de hasard et de divertissement. Son premier Conseil d’administration, tenu le 7 août 2026, a notamment examiné son budget de fonctionnement et d’investissement ainsi que son Plan stratégique d’entreprise. Le communiqué publié à cette occasion ne fournit toutefois ni estimation de la taille du marché national, ni montant des mises, ni chiffre d’affaires attendu de la nouvelle entreprise publique.
Cette absence de données est d’autant plus notable que l’ambition affichée dépasse largement la création d’un nouvel opérateur de jeux. La GDJ est présentée comme le « bras opérationnel de l’État » dans le secteur. Elle doit exploiter une offre nationale, surveiller le respect des règles par les différents acteurs et surtout centraliser et agréger l’ensemble des flux financiers générés par l’activité. L’objectif annoncé est double : assurer leur traçabilité et renforcer la lutte contre la fraude et le blanchiment. L’État veut donc savoir où circule l’argent des jeux et mieux en contrôler les circuits, sans encore rendre publique une photographie financière précise du marché sur lequel il installe son monopole.
L’enjeu est pourtant considérable pour apprécier la pertinence économique du choix effectué. Sans données publiques sur les sommes misées chaque année, les revenus générés par les opérateurs, la fiscalité collectée ou encore le poids des différents segments du marché, il reste difficile d’évaluer ce que la nationalisation doit effectivement rapporter à l’État. Le communiqué ne fixe pas davantage d’objectif de chiffre d’affaires, de contribution budgétaire ou de rentabilité à la GDJ. Ce silence ne signifie pas que ces données n’existent pas : il signifie simplement qu’elles ne figurent pas dans le document rendu public à l’issue de cette première réunion.
La question devient d’autant plus importante que la GDJ ne cache pas son ambition économique. Son directeur général, Roméo Fabrice Nguema Ondo, estime qu’il faut désormais « créer de la valeur » et démontrer que les Gabonais peuvent reprendre un pan de leur économie pour en faire un « véritable fleuron national ». Le président du Conseil d’administration, Bonjean Mbandza, inscrit pour sa part la réforme dans une logique de « souveraineté nationale » et de « réappropriation » de l’économie. Mais pour passer du discours de souveraineté à une démonstration économique, il faudra progressivement mettre des chiffres sur cette valeur que l’État entend récupérer.
La première véritable épreuve de la Gabonaise des Jeux sera donc autant comptable que commerciale. Une fois l’entreprise pleinement déployée, ses résultats permettront de mesurer la taille du marché effectivement capté, les revenus générés, les sommes reversées aux finances publiques et la part des flux autrefois difficilement traçables désormais intégrée dans les circuits officiels. Pour l’heure, l’État a clairement défini qui contrôlera les jeux au Gabon et les instruments que la GDJ doit mettre en place. Reste désormais à rendre visible la donnée qui permettra de juger économiquement cette reprise en main : combien pèse le marché dont l’État vient de faire un monopole ?







