
Libreville, le 10 septembre 2026-(Dépêches 241). À dire les choses objectivement, on peut considérer que la récente sortie médiatique de Madame Laurence Ndong apparaît d’abord comme une faute politique majeure, car elle semble avoir confondu la hauteur institutionnelle avec une joute verbale stérile. En choisissant de discréditer publiquement les chômeurs réunis au sein du MNVG par le mépris plutôt que par le dialogue, la ministre de la Fonction Publique a oublié le premier devoir de sa charge: celui de la responsabilité et de l’écoute. Vouloir ridiculiser des citoyens en quête d’emploi, en invoquant une supposée non-conformité de leurs dossiers, relève d’une posture arrogante qui trahit une vision élitiste et déconnectée de la réalité sociale gabonaise. Une telle attitude, loin de renforcer l’autorité de l’État, l’affaiblit en exposant un mépris de classe à l’égard de ceux qui, précisément, attendent de la République qu’elle leur garantisse le droit au respect et à la dignité.
Davantage, l’incohérence de sa communication a été mise en lumière par la riposte documentée du MNVG, devenue virale sur les réseaux sociaux et les médias en ligne. Là où la ministre espérait clore le débat par une fin de non-recevoir, la diffusion d’une vidéo attestant la conformité de plusieurs dossiers a retourné l’accusation contre elle. Ce démenti factuel ne révèle pas seulement une erreur d’appréciation, il démontre une légèreté coupable dans le traitement d’une question aussi sensible que l’insertion professionnelle des jeunes, largement au chômage au Gabon.
Prétendre dire la vérité en oubliant même avoir reconnu auparavant la conformité des dossiers aujourd’hui dénigrés, puis se voir opposer des preuves tangibles, ruine la crédibilité de la parole ministérielle et transforme ce qui devait être une démonstration d’autorité en un épisode de communication hasardeuse.
Par ailleurs, la tentative supposée d’impliquer sa collègue de l’Éducation Nationale dans cette affaire interroge sur la méthode choisie par Laurence Ndong. En cherchant à associer un autre département ministériel à sa manœuvre, la ministre donne l’impression de vouloir reporter sur autrui le poids d’une responsabilité qui lui incombe en propre.
Une telle démarche s’apparente moins à une recherche de solution concertée qu’à une tentative de faire porter l’opprobre sur une collègue, alors même que le principe de solidarité gouvernementale voudrait que les membres de l’exécutif se soutiennent mutuellement, ou du moins évitent de s’exposer les uns les autres face à l’opinion publique. Cette attitude, si elle se confirme, ne fragilise pas seulement la position personnelle de la ministre, elle écorne la cohésion de l’action gouvernementale et brouille le message adressé à une jeunesse qui, elle, ne demande qu’à être entendue et respectée.
Cet épisode traduit à terme une confusion dommageable entre le bien-parler et la compétence. Croire que le beau verbe suffit à gouverner, au point d’oublier le devoir de vérité, est une illusion dangereuse dans la société gabonaise actuelle. En réduisant les chômeurs à leur statut social, en les considérant comme inaptes à la contredire, la ministre a révélé un mépris de fond qui dépasse la simple maladresse rhétorique.
La véritable imposture n’est pas celle des jeunes qui exigent l’application de la parole présidentielle, elle est celle d’une responsable qui, au lieu de servir, s’est servie de la tribune de la télévision nationale pour humilier et se dérober. Mais face à la précarité, l’arrogance n’a jamais été une politique, elle n’est qu’une faute de plus ajoutée à la souffrance de ceux qu’on prétend gouverner.







