
Libreville, le 9 octobre 2026-(Dépêches 241). Personnage majeur de l’histoire politique du Gabon, Raymond Ndong Sima tend à se signaler ces derniers temps par une attitude qui interroge, son indignation sélective. Premier ministre de la Transition, il était resté aphone et apathique quand une partie de la société civile et certains activistes dénonçaient le décalage entre la Constitution votée le 16 novembre 2024 et celle promulguée en décembre de la même année. Autre épisode du même acabit, alors que plusieurs compatriotes alertaient sur la trajectoire inquiétante d’AGROPAG, un projet qu’il avait porté de bout en bout, Ndong Sima se braquait, en considérant ces derniers comme de simples insurgés du dimanche, sans véritable connaissance du domaine. Pourtant, quelques mois plus tard, lui-même a été contraint de se dédire et d’avouer la faillite managériale d’AGROPAG, en annonçant avec fracas son départ du projet.
L’indignation peut s’entendre comme le premier réflexe d’une conscience éveillée. C’est elle qui pousse les individus à se dresser contre l’injustice et qui rappelle aux hommes leurs devoirs moraux. Mais quand cette noble émotion dépend désormais de l’identité de la victime ou de l’allégeance du coupable, elle perd toute sa valeur. Et c’est précisément ce qui arrive ces derniers temps aux coups de gueule de l’ancien Premier ministre, Raymond Ndong Sima.
Aujourd’hui, les Gabonais sont témoins de l’indignation à géométrie variable d’un acteur politique pourtant considéré par beaucoup comme une personnalité crédible, du moins en apparence. Cette colère sélective de RNS s’est d’abord manifestée quand il a trouvé des circonstances atténuantes, en observant un silence quasiment complice, lorsque les opposants au nouveau régime et certaines personnalités de la société civile dénonçaient la modification unilatérale de la nouvelle Constitution. Une Constitution qu’il a soutenue avec partisanerie, quand bien même celle-ci était aux antipodes des principes de gouvernance qu’il a toujours défendus.
Des silences aux affaires que les indignations d’aujourd’hui peinent à effacer
Aujourd’hui encore, l’ancien coordinateur national de la campagne présidentielle en remet une couche: après la sortie de Geoffroy Foumboula Libeka Makosso sur la conformité de la version publiée les 6 et 7 octobre 2026 de la loi n° 0015/2026 du 14 septembre 2026, ratifiant l’ordonnance n° 0008/PR/2026 du 26 février 2026 sur la Commission Nationale de la Démocratie et de la Participation Citoyenne (CNDPC), Raymond Ndong Sima dénonce aujourd’hui la modification discrète des textes importants de la vie de la Nation. Il se dit préoccupé par une pratique qui semble désormais faire florès en Ve République.
En agissant ainsi, le natif d’Oyem trahit l’universalité des principes qu’il prétend défendre, car lorsqu’on souhaite que le droit ne s’applique qu’à certains moments et pas à d’autres, cela pose problème. Cette moralité à deux vitesses du Président de l’Alliance Patriotique (AP) porte un véritable préjudice à la vie publique et aux relations qu’il peut entretenir avec l’opinion publique gabonaise.
Il serait donc temps pour l’ancien Premier ministre de retrouver une posture d’exigence et d’intégrité en évitant que ses sympathies politiques ou ses biais personnels ne dictent la valeur de son indignation, car la vraie dignité morale consiste à appliquer la même rigueur à toutes les situations. Il faut refuser la colère sélective, exiger une indignation constante, impartiale et fermement ancrée dans le respect des principes d’un état de droit véritable
Le courage des anciens : une vertu qui n’éclôt qu’à l’ombre du pouvoir
Il y a, dans cette posture de l’ancien Premier ministre de la Transition, quelque chose de profondément révélateur : certains hommes semblent découvrir les vertus de la liberté de ton uniquement lorsqu’ils ont perdu le confort du pouvoir. Aux affaires, ils composent, se taisent, cautionnent, relativisent ou disqualifient ceux qui osent dénoncer ce qu’ils refusent eux-mêmes de regarder en face.
Éloignés des ors de la République, ils sont soudainement métamorphosés en vigies de la morale publique, en défenseurs intraitables des principes qu’ils ont pourtant laissés malmenés lorsqu’ils disposaient encore des leviers pour les défendre. Cette indignation tardive a le goût amer du repentir opportuniste : elle pourrait ressembler moins à un sursaut de conscience qu’à une revanche sur une disgrâce politique. Car, il faut bien le dire, il est trop facile de se draper dans la toge du gardien de l’État de droit après avoir déserté le terrain lorsque celui-ci réclamait du courage.
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On ne peut durablement prétendre incarner la rigueur morale en fonction de sa position dans l’appareil d’État, ni réclamer aujourd’hui la vigilance que l’on jugeait hier superflue. À force de varier ses principes au gré des circonstances, on finit par ne plus incarner une conviction, mais une contradiction ambulante : non pas la conscience exigeante de la République, mais le commentateur amer d’un pouvoir dont on a pourtant accepté les compromis.







