Élections législatives et locales 2025: le cynisme politique infamant et insultant d’un Ndong Sima pourtant comptable de l’érosion de la démocratie sous la Ve République

Raymond Ndong Sima, ex-chef du gouvernement de Transition tout sourire à Koula-Moutou pendant la campagne sur le « oui » indiquant qu’il ne sait pas où naissent les raisons du « Non » © DR

Libreville, le 29 septembre 2025-(Dépêches 241). Le théâtre politique gabonais ne cesse de produire des scènes où les acteurs, plus proches de comédiens ratés que de dirigeants éclairés, se ridiculisent à chaque prise de parole. La dernière sortie de Raymond Ndong Sima, ancien Premier ministre et ex-chef du gouvernement de transition, en est une illustration frappante. Lui qui s’érige désormais en dénonciateur des fraudes électorales, comme si le peuple gabonais avait perdu la mémoire, incarne le cynisme politique dans ce qu’il a de plus grossier.

Il n’est pas anodin de rappeler que Raymond Ndong Sima a été l’un des plus zélés propagandistes de la transition militaire. À coups de tournées nationales, il exhortait les Gabonais à voter « oui » lors du référendum constitutionnel du 16 novembre 2024, tout en sachant que le texte qu’il défendait plaçait tous les leviers de pouvoir entre les mains d’un seul homme. Tout en sachant que le texte qu’il défendait était aux antipodes des principes républicains qu’il a prônés.  Aujourd’hui, se plaindre des conséquences d’un système qu’il a légitimé frôle l’insulte à l’intelligence collective.

La contradiction est d’autant plus flagrante qu’au lendemain de ce référendum contesté, toujours Premier ministre, Ndong Sima n’hésita pas à battre campagne pour Oligui Nguema, malgré les irrégularités largement documentées. Alors, aucun mot, aucun soupçon de révolte : seul comptait le maintien de son strapontin au sommet de l’État. Il cautionnait l’injustice tant qu’il en bénéficiait. Il la dénonce à présent qu’il en est victime. Quelle indignité 

Cette duplicité est d’autant plus criante qu’en 2023, Ndong Sima, dans une posture d’analyste politique, affirmait que le mal du Gabon résidait dans la concentration des trois pouvoirs entre les mains d’un seul individu. Il plaidait alors pour une séparation claire, garante de contrepoids institutionnels. Morceau choisi. « La principale raison pour laquelle notre pays marche la tête par terre et les pieds en l’air c’est que les pouvoirs ne sont pas équilibrés. Quand quelqu’un est capable de commander le Gouvernement, les députés, les sénateurs et la justice (…) ça veut dire que cette personne ne peut plus être contrôlée », déclarait-il.  Aujourd’hui, se plaindre des conséquences d’un système qu’il a légitimé frôle l’insulte à l’intelligence collective.

Mais au moment de peser de tout son poids pour inscrire ces principes dans la nouvelle constitution, il choisit l’alignement servile et soutien à la création d’un « super-président », cumulant pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Comment, après une telle volte-face, oser aujourd’hui revêtir les habits du réformateur trahi ?

Depuis que Brice Clotaire Oligui Nguema est devenu officiellement président de la République, Chef de l’État et Chef du Gouvernement, Ndong Sima, écarté des premiers cercles, s’est subitement souvenu de ses discours sur la démocratie. Son indignation face aux fraudes des élections couplées du 27 septembre 2025 apparaît alors comme une simple revanche personnelle, une tentative maladroite de revenir au centre du jeu politique en instrumentalisant la colère populaire.

Mais cette manœuvre grossière ne trompe plus personne. L’opinion publique, trop souvent bafouée, sait désormais que Ndong Sima n’agit pas par conviction, mais par opportunisme. Ses dénonciations d’aujourd’hui ressemblent moins à une quête de justice qu’à une stratégie de survie politique : aboyer fort pour espérer de nouveau s’asseoir à la table du roi. Les Gabonais, qui paient le prix de ce théâtre malsain, n’ont que faire de ces faux repentis.

Raymond Ndong Sima, en donnant sa caution morale et en défendant farouchement les réformes institutionnelles pendant la Transition qui ont pavé la voie au chaos électoral actuel, a perdu le droit de donner des leçons et de crier Haro à la fraude maintenant que la bête qu’ils ont bâtie et consolidée pour des intérêts personnels est en train de les dévorer. 

Au fond, Raymond Ndong Sima subit la logique du piège qu’il a contribué à construire. Ses larmes de crocodile face aux « irrégularités » électorales ne sont rien d’autre que le boomerang d’une trahison politique répétée. Si cette mésaventure devait servir à quelque chose, ce serait à rappeler aux acteurs politiques gabonais que l’on ne manipule pas indéfiniment un peuple sans en subir tôt ou tard les conséquences.

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