Moralisation du vote, Transport des électeurs : la réforme qui va contraindre Oligui à siffler contre l’équipe qui porte son maillot ? 

Oligui Nguema déclare la guerre au transport d’électeurs, l’UDB en première ligne ? © Dépêches 241

Libreville, le 16 Octobre 2026 – (Dépêches 241). Révision du fichier électoral, lutte contre le transport organisé des électeurs, vote obligatoire : le Conseil des ministres du 15 octobre a ouvert trois chantiers au nom de la sincérité du scrutin. Reste que le premier visé par cette croisade pourrait bien être le parti du chef de l’État lui-même, l’Union Démocratique des Bâtisseurs.

Il y a des réformes qui se contentent de corriger l’adversaire. Et il y a celles qui, par un sens de l’élégance rare en politique, risquent d’atteindre d’abord leur auteur. En annonçant, à l’issue du Conseil des ministres du 15 octobre 2026, sa volonté de combattre le transport organisé des électeurs, Brice Clotaire Oligui Nguema s’engage sur un terrain où sa propre famille politique s’est, de l’avis de plusieurs personnalités, illustrée de façon peu respectable lors du scrutin du 27 septembre. Moraliser le vote est un noble dessein. Encore faut-il mesurer que la pratique que l’on s’apprête à proscrire a beaucoup servi, selon plusieurs voix, ceux qui gouvernent Parfait Eyi: Ancien Directeur Général Adjoint de l’Arcep.

Un passif qui plaide contre le prévenu

Le ministre de l’Intérieur, Hermann Immongault, avait lui-même reconnu, dans une circulaire adressée aux commissions électorales locales, des dérives manifestes : électeurs porteurs de plusieurs procurations, transports d’électeurs, carnets circulant de main en main, en violation des articles 146 à 148 du Code électoral. L’aveu est de poids, car il venait du sommet de l’appareil électoral. 

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Plusieurs acteurs politiques avaient à l’époque désigné l’UDB comme principale bénéficiaire de ces pratiques. Le candidat Fridolin Mve Messa avait notamment dénoncé des candidats UDB « se baladant avec des carnets de procurations », tandis que Minault Maxim Zima Ebeyard avait baptisé l’UDB « FC Procuration » le candidat de l’Union Nationale à Mitzic, faisant ainsi allusion équipe de football dont la spécialité est frauder les élections par le biais des procurations.

Ndendé, l’exemple qui s’impose

Le cas de Ndendé illustre cette ligne de fracture. Le secrétaire général de l’UDB, Mays Mouissi, fut accusé d’avoir eu recours aux procurations et au transport d’électeurs pour devancer le candidat du PDG, Yves Fernand Manfoumbi. Le PDG, que l’on disait maître en la matière, aurait ainsi été battu avec ses propres armes, ce qui, pour une formation réputée en connaître tous les secrets, relève de l’humiliation pédagogique. Le mimétisme était tel que l’UDB avait été qualifié dans l’opinion comme « l’élève dépassant le maître ». 

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Reste que, quelles que soient les arrière-pensées qu’on lui prête, la décision présidentielle a un mérite, elle reconnaît qu’un problème existe. L’ironie est donc politique autant qu’électorale. Hier, les accusations de fraude et la circulation contestée des procurations ont nourri la défiance envers le processus électoral ; aujourd’hui, le chef de l’État entend combattre précisément ces pratiques. 

Le courage de la mesure, l’épreuve de l’application

Le surnom de « FC Procuration », lancé dans le débat public à propos des candidats accusés d’avoir abusé de ce mécanisme, résume à lui seul le discrédit qui menace les formations soupçonnées d’avoir transformé les procurations en instrument de conquête électorale. Si les orientations présidentielles se traduisent en contrôles effectifs, impartiaux et applicables à tous, l’UDB pourrait être parmi les premières formations politiques à devoir en mesurer les conséquences.

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Reste alors l’essentiel, une réforme électorale ne vaut que par l’égalité avec laquelle elle est appliquée. Brice Clotaire Oligui Nguema ne pourra durablement convaincre de sa volonté d’assainissement si les pratiques dénoncées sont combattues chez ses adversaires, mais tolérées dans son propre camp. La révision du fichier électoral, l’encadrement des procurations et la lutte contre le transport organisé des électeurs doivent donc s’accompagner de mécanismes de contrôle transparents et de sanctions conformes au droit.

À défaut, la promesse de moralisation risquerait de n’être qu’un nouveau discours creux et de circonstance. À l’inverse, si le président applique à l’UDB les exigences qu’il entend imposer à tous, il lui faudra peut-être commencer par rappeler à son propre camp que la rupture démocratique ne saurait être à géométrie variable. Et l’histoire  jugera si cette fois l’arbitre accepte de siffler contre l’équipe qui porte son maillot.

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