Élections à Ndendé: Mays Mouissi ou une éthique bradée au prix du pouvoir et de l’ambition 

Longtemps présenté et vendu comme une figure du renouveau moral, Mays Mouissi a cédé aux pires réflexes du système qu’il dénonçait © DR

Libreville, le 1er octobre 2025 – (Dépêches 241). Il se voulait l’incarnation d’une nouvelle ère. Il n’en est en définitive que la pâle reproduction. À Ndendé, Mays Mouissi a troqué les discours vertueux contre des pratiques électorales aussi vieilles que le système qu’il prétendait réformer. Le renouveau s’est effondré avant même d’avoir existé.

Il fut un temps, pas si lointain, où Mays Mouissi se dressait en héraut du renouveau moral en politique. Tel un tribun moderne, il dénonçait avec vigueur les pratiques électoralistes indignes, fustigeant les manœuvres d’un système qu’il disait vouloir réformer. Mais voilà que l’homme du verbe s’est laissé rattraper par les réalités du terrain, et pire encore, par les pratiques qu’il prétendait honnir.

À Ndendé, chef-lieu du département de la Dola où il briguait un siège, ce ne sont pas tant les urnes que les bus venus de Libreville qui ont pesé sur le scrutin. Affrétés pour acheminer du bétail électoral acquis à sa cause, ces convois ont, à eux seuls, redessiné le paysage électoral local. Une stratégie bien rodée, digne des heures les plus sombres de la politique gabonaise et du régime d’Ali Bongo Ondimba. Il ne s’agissait plus ici de convaincre, mais de forcer la main de la démocratie, dans un décor soigneusement mis en scène.

Plus préoccupant encore, la campagne fut émaillée par l’entrée en scène de milliers de procurations, pas moins de 2000,  selon certaines informations. Des procurations et des fonds de foisons dont la source demeure floue mais dont l’efficacité sur des consciences fragilisées par la misère ne fait, hélas, aucun doute. Triste ironie : celui qui prétendait combattre la pauvreté s’en est servi comme levier électoral. Une victoire non pas politique, mais comptable, savamment calculée, mais dramatiquement vidée de toute éthique.

Peut-on encore parler de changement quand on emprunte, sans vergogne, les instruments mêmes de la corruption d’hier ? Peut-on se présenter comme le visage du renouveau tout en recyclant les pratiques les plus éculées du vieux système ? Ce triomphe en réalité est vidée de toute substance, de toute moralité et de toute éthique: il est le symptôme d’une ambition prête à tout, y compris au reniement de ses propres engagements et de ses propres principes d’antan. À dire vrai, Mays Mouissi n’est pas mieux que Yves Fernand Manfoumbi. Lui l’expérimenté s’est fait battre par le novice tout aussi tricheur mais du bon côté du pouvoir. Avec les soutiens et les moyens du nouveau régime. 

En accédant au pouvoir par des voies aussi douteuses, Mays Mouissi n’a pas seulement battu un adversaire : il a désillusionné des milliers de Gabonais qui, encore une fois, avaient osé espérer. Cette victoire ne marquera pas une page d’histoire. Elle laissera, au contraire, un arrière-goût amer, celui de la duplicité et d’un opportunisme éhonté et  sans vergogne. Le masque du renouveau est tombé ; et derrière, c’est le visage bien connu du système ancien qui apparaît, soigneusement grimé, mais résolument intact, signé Mays Mouissi. 

À Ndendé, ce n’est pas la démocratie qui a gagné. Ce sont la ruse et l’argent qui ont dicté leur loi. Et avec elles, l’amère confirmation que, parfois, les promesses de changement ne sont que les slogans d’une ambition personnelle. À Ndendé, le reniement a gagné et à Ndendé entre principe et pratique, Mays Mouissi a choisi. Peu importe qu’elles fassent le lit à l’immortalité pourvu simplement qu’elle serve son ambition. 

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