
Libreville, le 3 octobre 2025 – (Dépêches 241). Alors que le Gabon s’engageait dans un processus électoral censé incarner la rupture avec les pratiques anciennes, la reconnaissance officielle de fraudes liées aux procurations par le Ministre de l’Intérieur Herman Immongault vient ternir cette ambition. Le Parti au pouvoir, l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB), se retrouve au centre d’accusations graves, évoquant une fraude électorale organisée et systématisée. Des figures politiques dénoncent un dispositif savamment orchestré, dans un climat de défiance croissante envers les institutions post-transition de la Ve République.
Le scrutin législatif et local du 27 septembre dernier, présenté par le régime de Transition comme une étape vers la refondation démocratique, est aujourd’hui éclaboussé par un scandale d’une ampleur inédite. Le Ministre de l’Intérieur, Hermann Immongault, a lui-même reconnu l’existence de procurations illégales ayant massivement entaché le processus électoral. Or, selon plusieurs voix politiques, ces pratiques auraient principalement profité à l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB), Parti présidentiel accusé d’avoir mis en place une véritable machine de fraude d’une efficacité à faire pâlir d’envie l’ancien Parti au pouvoir, le PDG, réputé maître en la matière.
Dans une circulaire adressée aux commissions électorales locales, Herman Immongault, également président de la CNOCER, admet des dérives manifestes : des électeurs porteurs de plusieurs procurations, des carnets circulant de main en main, en totale violation des articles 146 à 148 du Code électoral. Cet aveu n’a rien d’anodin. Il officialise ce que de nombreux observateurs dénonçaient depuis des semaines : une fraude systémique, permise, voire orchestrée, au plus haut niveau de l’appareil électoral.
Des personnalités politiques engagées sur le terrain n’ont pas tardé à mettre en cause directement l’UDB. À Ndendé, l’un des épicentres du scandale des voix s’élèvent pour dénoncer une fraude outrancière qui a profité au candidat du Parti présidentiel. Transport d’électeurs, augmentation inexpliquée du fichier électoral, usage illégal des procurations. Comme le souligne le candidat Fridolin Mve Messa. « Les candidats UDB se baladaient avec des carnets de procurations en les distribuant à leurs partisans », a-t-il dénoncé publiquement.
Un constat corroboré par Minault Maxim Zima Ebeyard, qui n’a pas hésité à qualifier le candidat UDB de la commune de Mitzic de « FC Procuration », en référence ironique à une équipe de football spécialisée dans la fraude. Ces accusations, loin d’être isolées, illustrent une indignation croissante face à ce que beaucoup considèrent comme une confiscation délibérée de la volonté populaire.
Face à une telle situation, une question cruciale se pose : comment le régime de la Ve République, né des promesses de rupture et d’assainissement de la vie publique, peut-il entériner un scrutin qu’il sait fondamentalement vicié ? Comment un régime qui a mis fin au règne d’un autre en raison d’élections tronquées peut-il valider et fermer les yeux sur un tel chaos électoral ?
Le Ministre de l’Intérieur, en reconnaissant les faits sans engager de poursuites, envoie un signal troublant: celui d’un pouvoir prêt à fermer les yeux sur la fraude pour préserver des équilibres politiques.
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Quant à Brice Clotaire Oligui Nguema, son silence prolongé interroge. Peut-on réellement parler de Transition démocratique si les pratiques du passé, non seulement perdurent, mais se trouvent désormais légitimées par les nouvelles autorités ? À ce questionnement, la réaction du Président de la République est vivement attendue par les populations.







