
Libreville, le 22 octobre 2026-(Dépêches 241). Les réseaux sociaux gabonais sont en effervescence depuis quelques jours. En cause, une vidéo largement partagée dans les groupes, montrant Oumou Sininta, épouse de l’homme d’affaires malien Seydou Maka Diallo, qui vit au Gabon, parée d’un collier en or massif pesant près de 10 kilogrammes, dont la valeur serait estimée à près d’un milliard de francs CFA. L’affaire fait grand bruit, à la fois en raison du luxe ostentatoire affiché, mais surtout de la porosité supposée du système de transfert d’argent gabonais, qui favoriserait une sortie incontrôlée des fonds vers l’extérieur.
Il semble y avoir comme un défi déguisé entre les membres des communautés étrangères qui font des affaires au Gabon. En effet, après le scandale provoqué par l’un des fils d’un homme d’affaires malien, qui avait exhibé des objets d’un luxe insolent à l’occasion de son mariage, l’épouse d’un autre homme d’affaires malien, Seydou Maka Diallo, vient de repousser les limites de l’ostentation. Sur les vidéos et les images devenues virales sur les réseaux sociaux, dame Oumou Sininta se serait permis, à l’occasion d’une cérémonie de mariage célébré au Mali, au cours de laquelle plusieurs membres de la famille se seraient mariés, un luxe dont l’ostentation dépasse tout entendement. Sur les images, on y voit l’intéressée arborer un collier en or et diamants qui couvre tout son abdomen.
Un bijou à 1 milliard au cœur de la polémique ?
Le bijou serait évalué à plus de 1 000 000 000 de FCFA. Selon certains commentaires sur les réseaux sociaux, Oumou Sininta ne se serait pas arrêtée au port de cette mine d’or de 10 kg. Lors des 13 mariages organisés, dont les dépenses auraient été prises en charge par son mari, Seydou Maka Diallo, elle aurait également distribué des sommes faramineuses aux griots venus animer les festivités et bénir ces unions. D’après les informations relayées à ce sujet, plus de 100 000 000 de francs CFA auraient été distribués à cette occasion. Une situation qui a laissé les internautes gabonais et maliens médusés, beaucoup criant au scandale et ne comprenant pas comment l’épouse d’un Malien venu faire des affaires au Gabon peut s’afficher avec autant d’objets de luxe et distribuer de l’argent comme s’il s’agissait de simples bouts de papier.
Cette affaire soulève de nombreuses interrogations légitimes. Alors que des Gabonais croupissent dans la misère, des étrangers, arrivés au Gabon, souvent par des voies détournées, prospèrent. Le plus souvent, ils en viennent à contrôler des pans entiers de l’économie gabonaise. Selon les informations disponibles, Seydou Maka Diallo exercerait dans le domaine du transit, domaine dans lequel il a, vraisemblablement, prospéré. Et au regard de la parure arborée par sa femme, ce secteur serait manifestement une mine d’or et d’argent, grâce à laquelle il serait possible de s’offrir de tels biens.
Les images parlent d’elles-mêmes. Car on ne rencontre ce type de bijoux, d’une extravagance notoire, que lors de cérémonies ou de mariages princiers. Dans ce contexte, l’histoire d’une lignée princière ou royale permet de comprendre comment le temps passé au pouvoir par une famille peut contribuer à justifier sa fortune et l’extravagance du luxe affiché. Ici, en revanche, il n’est point question d’un membre d’une famille royale, mais de l’épouse d’un homme d’affaires venu du Mali, à qui le Gabon a tout donné, mais dont la majorité des investissements se feraient dans son pays d’origine.
Quand l’argent du Gabon favorise l’essor des étrangers au détriment des gabonais
Que l’on s’entende clairement : il ne s’agit pas de dénoncer ou d’interdire aux expatriés de réussir au Gabon. Mais cette réussite, si elle doit exister, elle ne devrait pas se faire aux dépens des Gabonais. C’est incontestablement ce qui dérange dans les images qui ont circulé ces derniers jours sur les plateformes numériques. Car, au-delà de l’ostentation affichée, cette apparition soulève des interrogations sur la destination des investissements de Seydou Maka Diallo. D’autant que, tant au Mali qu’au Gabon, les internautes sont nombreux à réagir à ces images.
Mais, au-delà de la polémique suscitée, cette affaire met en lumière la question de l’efficacité du système de contrôle des transferts d’argent vers l’étranger. Car rien ne saurait expliquer, de manière certaine, l’origine de telles sommes sans un examen des activités et des flux financiers concernés. Au Gabon, certains dénoncent une situation dans laquelle les étrangers arrivent avec peu de moyens et repartent avec d’importantes sommes d’argent. Le plus difficile à comprendre est que, malgré les dénonciations répétées, l’État, qui devrait contrôler les sommes transférées hors du pays et veiller à ce que les activités économiques profitent davantage au Gabon, semble regarder ailleurs.
La corruption au cœur du système
Il faut le dire sans fioritures : tout cela est favorisé par une corruption devenue, selon certains observateurs, un mode de gouvernance dans le pays. Il n’y aurait pas un seul secteur qui échappe à cette gangrène. Résultat : lorsqu’un Gabonais et un étranger répondent à un appel d’offres lancé par une administration publique, l’étranger aurait plus de chances de l’emporter face à un Gabonais. Pour preuve, les plus hautes autorités de l’État auraient récemment reconnu que 93 % des marchés publics étaient passés de gré à gré. Or, sans préjuger de la moralité des personnes impliquées dans ce mode d’attribution des marchés, toutes les dérives restent possibles.
Au-delà de l’émotion provoquée par ces images, l’affaire Oumou Sininta devrait surtout conduire à s’interroger sur la traçabilité des flux financiers, le contrôle des transferts de fonds et la transparence des marchés publics au Gabon. Toutefois, l’ostentation ne constitue pas, à elle seule, une preuve d’irrégularité financière. Il appartient donc aux autorités compétentes d’établir, le cas échéant, l’origine des fonds concernés et de vérifier le respect des obligations fiscales et réglementaires. Car si la réussite économique des opérateurs étrangers est légitime, la protection des intérêts nationaux exige des règles transparentes, des contrôles efficaces et une application équitable de la loi, quelle que soit la nationalité des personnes concernées.







